Un appel à transformer notre Province
À l’occasion de la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, patron de la Province de France, Frère Mathieu Sisahaye invite toute la Famille hospitalière à entrer avec courage dans le processus de transformation engagé. Une transformation qui ne se limite pas aux structures, mais constitue d’abord un chemin spirituel de dépouillement, de discernement et de fidélité au charisme de l’hospitalité.
Dans une lettre adressée le 24 juin 2026 aux Frères, aux collaborateurs et aux amis de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu, Frère Mathieu, supérieur provincial, propose de relire le temps présent à la lumière de la figure de saint Jean-Baptiste.
Une parole de l’Évangile traverse toute cette méditation : « Il faut qu’il croisse, et que je diminue » (Jn 3, 30). Cette parole, souligne Frère Mathieu, ne doit pas être comprise comme une simple invitation à la modestie. Elle exprime le mouvement profond de toute vocation chrétienne : laisser davantage de place au Christ, jusque dans nos manières de vivre, de gouverner et d’accomplir la mission.
Ouvrir le passage
Jean-Baptiste n’a jamais cherché à occuper le centre. Il prépare la venue du Christ, le désigne, puis accepte de se retirer.
« Il est le Précurseur : non pas celui qui occupe le centre, mais celui qui ouvre le passage », écrit le Provincial.
Cette attitude éclaire directement la période que traverse aujourd’hui la Province Saint Jean-Baptiste de France. La transformation engagée ne peut en effet se réduire à une modification des organigrammes, à une redistribution des responsabilités ou à une évolution des structures.
« Entrer dans le processus de transformation de notre Province n’est donc pas une simple injonction administrative. C’est accepter, à la manière de Jean-Baptiste, que quelque chose diminue en nous pour que le Christ croisse davantage dans notre mission. C’est consentir à perdre un peu de maîtrise pour gagner en disponibilité. C’est laisser s’effacer certaines sécurités pour que l’hospitalité retrouve son audace. C’est croire que la petitesse évangélique n’appauvrit pas la mission, mais la rend plus transparente. »
La voix au service de la Parole
La lettre rappelle par ailleurs que Jean-Baptiste est la voix, tandis que le Christ est la Parole. Cette image permet de relire la place des institutions, des maisons, des œuvres, des responsabilités et des modes d’organisation de l’Ordre. Toutes ces réalités sont une voix. Elles ne trouvent leur sens que dans leur capacité à rendre audible la Parole qu’elles portent, à savoir le charisme de l’hospitalité.
Ce charisme, reçu de l’Esprit et incarné de manière singulière par saint Jean de Dieu, appelle à se tenir auprès « des pauvres, des malades et des blessés de la vie ».
« Lorsque la voix devient trop lourde, trop obscure, trop centrée sur elle même, elle ne transmet plus ; elle couvre. Alors la fidélité ne consiste pas à conserver la voix telle qu’elle a toujours été, mais à la purifier pour qu’elle porte à nouveau la Parole ».
Changer par fidélité
La lettre invite ainsi à dépasser la tentation du « on a toujours fait ainsi », dénoncée par le pape François. Une habitude peut avoir été féconde à une époque et ne plus répondre pleinement aux besoins du présent. La tradition chrétienne n’est pas une répétition immobile. Elle donne au contraire les ressources nécessaires pour regarder les réalités nouvelles, les discerner et y répondre avec audace.
Pour la Famille hospitalière, l’enjeu est « de rendre visible aujourd’hui le visage compatissant et miséricordieux du Christ auprès des personnes pauvres, malades, âgées ou isolées, des familles éprouvées, des collaborateurs en recherche de sens et de toutes les personnes laissées sans solution ». C’est à partir de cette question que les formes communautaires, administratives et apostoliques doivent être évaluées.
« La fidélité véritable n’a jamais été la peur de changer ; elle est le courage de discerner ce qui doit changer pour que l’essentiel demeure vivant », affirme Frère Mathieu.
Une hospitalité renouvelée
Le processus de transformation de la Province comme un appel à retrouver l’audace propre au charisme hospitalier. À la suite de Jean-Baptiste, il s’agit d’accepter qu’une part de maîtrise, de sécurité ou d’habitude puisse diminuer afin que le Christ prenne davantage de place dans la mission.
Frère Mathieu invite ainsi toute la Famille hospitalière à devenir une « Province précurseur » ; une Province qui ne soit pas tournée vers elle-même, mais qui prépare les chemins du Seigneur ; une Province moins attachée à sa propre voix qu’à la Parole qu’elle doit transmettre.
La transformation pourra alors devenir bien davantage qu’une réforme, « un acte de foi, une conversion commune, une hospitalité renouvelée ».
En cette fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, la Province est ainsi invitée à confier son avenir à l’intercession de son saint patron, afin qu’il lui apprenne à préparer les chemins du Seigneur « avec courage, simplicité et joie ».

