10 ans du premier centre psychiatrique malgache

À l’occasion des dix ans du Centre hospitalier psychiatrique Saint Benoît Menni d’Imerintsiatosika, à Madagascar, Michel Rakotoarisoa revient sur son parcours au sein de l’établissement. Présent dès les premières années du chantier, puis premier salarié recruté par les Frères de Saint Jean de Dieu, il est aujourd’hui responsable logistique et technique. Dix années au cours desquelles il a découvert une autre manière d’accueillir les personnes souffrant de troubles psychiques et profondément transformé son regard sur l’autre.

Une histoire commencée avant l’ouverture du centre

Mon histoire avec le Centre hospitalier psychiatrique (CHP) Saint-Benoît-Menni a commencé bien avant son ouverture. Dès 2012, j’ai participé, en tant que chef électricien au sein d’une entreprise, aux travaux d’installation électrique de cet établissement alors encore en construction.

À la fin de l’année 2015, alors que les travaux touchaient à leur fin, mon entreprise a cessé ses activités. J’ai alors saisi l’occasion de présenter ma candidature auprès des Frères de Saint Jean de Dieu et j’ai eu la chance de devenir le premier salarié recruté par le CHP.

Avec deux équipes, j’ai participé à l’achèvement des installations électriques et des derniers travaux jusqu’à l’ouverture de l’hôpital, en 2016.

Au début, je me demandais quel avenir aurait ce nouvel établissement parmi les grands hôpitaux déjà présents à Madagascar. Mais, au fil du temps, j’ai découvert sa véritable force, qui réside dans une autre manière d’accueillir et d’accompagner les personnes qui viennent y chercher des soins.

Une autre manière d’accueillir les personnes

Au CHP, les personnes accueillies ne viennent pas seulement pour recevoir des soins. Elles sont accueillies avec confiance et dignité. Elles vivent avec nous, avec leurs familles accompagnatrices et entre elles, dans un esprit qui nous conduit progressivement à former une véritable famille.

Chacun bénéficie de la même attention, du même suivi, des mêmes soins, des repas et des activités, quelles que soient ses conditions de vie, ses croyances ou ses origines.

Cette expérience a profondément changé mon regard sur la santé mentale. Avant d’arriver au CHP, je connaissais surtout le monde des chantiers et je n’avais jamais été en contact avec des personnes souffrant de troubles mentaux.

J’avais certaines appréhensions. Je me demandais comment j’allais pouvoir vivre et travailler dans ce centre, auprès de personnes dont je connaissais si peu la réalité quotidienne.

Grâce aux formations, mais surtout à l’expérience de chaque jour, j’ai compris que nous pouvons tous vivre ensemble malgré nos différences et nos fragilités, avec respect, dignité et fraternité.

Une véritable école d’humilité

Aujourd’hui, en tant que responsable logistique et technique, et à travers mon expérience au CHP ainsi qu’au sein des communautés des Frères, je découvre toujours davantage la richesse de cette mission.

Je constate que les œuvres, les formations et les activités des Frères, des collaborateurs laïcs et des jeunes en formation poursuivent toutes un même objectif. Il s’agit d’apprendre à accueillir, accompagner et servir les personnes qui nous sont confiées, particulièrement les plus pauvres et celles qui vivent des situations de fragilité sociale.

Pour moi, c’est aussi une véritable école d’humilité.

Au service des personnes accueillies, notre fonction, notre diplôme ou notre position hiérarchique ne doivent pas définir notre valeur. Que l’on soit supérieur, directeur, responsable de service ou simple agent, nous sommes tous au service d’une même mission, celle de veiller au bien-être, à la dignité et au respect des personnes que nous accueillons.

Cette conviction a progressivement transformé ma manière de travailler, mais aussi ma manière de considérer les autres.

« Ce n’est plus seulement mon lieu de travail »

En regardant le chemin parcouru pendant ces dix années d’existence, je peux dire que le CHP a grandi et que j’ai grandi avec lui, tant professionnellement qu’humainement.

Ce qui me rend particulièrement fier, c’est de constater que l’établissement est aujourd’hui reconnu dans de nombreuses régions de Madagascar, et même au-delà de nos frontières, pour la qualité de son accueil et de son accompagnement.

En célébrant cet anniversaire, je ressens une profonde reconnaissance envers la communauté des Frères de Saint Jean de Dieu, mes collègues et toutes les personnes qui ont contribué à cette belle histoire.

Pour moi, le CHP n’est plus seulement un lieu de travail. C’est une maison qui m’a appris à regarder l’autre autrement, à servir avec humilité et à comprendre que, malgré nos différences de fonction, de situation ou de parcours, nous sommes avant tout réunis autour d’une même mission : être au service de l’être humain.

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