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Ensemble, messagers de l’hospitalité… même sans bateau !

Ce 8 mars, nous fêtons saint Jean de Dieu, inspirateur de notre Ordre hospitalier et de la Famille hospitalière. A cette occasion, communautés et établissements à travers le monde célèbrent celui qui est reconnu aujourd’hui comme saint patron des malades, du personnel soignant et des hôpitaux. Cette année, nous vivrons cette fête sous le thème des « Messagers de l’hospitalité », inspirés par cette famille qui fait le tour du monde à la voile de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu depuis maintenant deux ans. L’occasion de se poser avec Flore et Valentin, qui nous rappellent que nous sommes tous appelés à être Messager de l’hospitalité, où que nous soyons, quelles que soient nos capacités et nos fragilités. Et pas forcément sur un bateau autour du monde ! Journal de bord #7…

« N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. » Lettre aux Hébreux 13-2.

Nous ne sommes ni des héros de l’hospitalité, ni de grands aventuriers, peut-être de simples marins qui avons accepté l’aventure un peu folle d’aller à la rencontre de la grande Famille hospitalière sur notre chemin. Une route peuplée d’anges qui viennent chacun à leur manière nous bousculer et changer notre regard sur le monde.

Et qu’est-ce que l’aventure si ce n’est celle d’aller chaque jour vers l’autre, où que nous soyons et qui que nous soyons ?

Janvier 2024 – avec un peu de retard, à la suite d’une panne technique qui a retenu notre bateau Malo d’Eau aux Canaries, nous frappons à la porte du centre de santé mentale Dalal Xel de Thiès, au Sénégal. Frères, patients et collaborateurs nous y accueillent chaleureusement. D’abord un peu déroutés par cette proximité avec la maladie mentale que nous ne connaissons pas, nous sommes vite chamboulés et touchés par les liens qui se tissent avec les patients et leurs soignants. Notre petite fille Anna, du haut de ses 9 mois, qui se laisse encore facilement trimbaler de bras en bras, est un accélérateur de fraternité. Le masque de la maladie tombe pour laisser place à un visage, un corps et un cœur, avec son histoire, ses maux et ses rêves.

Du Sénégal nous ne parcourrons en deux ans que quelques kilomètres seulement. Mais c’est tout un pays que nous rencontrons au travers de ses résidents. A Thiès et à Fatik dans le Sine Saloum. Ils viennent de loin pour recevoir un traitement et les frères et soignants sont à l’œuvre jours et nuits pour tenter d’apporter un peu de soulagement à leur isolement. Ainsi qu’à leurs familles souvent un peu perdues aussi. De 7h à 14h, l’accueil des consultations de jour ne désemplit pas, l’hôpital de nuit se remplit selon les besoins, et le samedi l’équipe médicale part en consultation ambulatoire à travers le pays pour se rendre accessible à ceux qui ne peuvent se déplacer. Un dévouement constant et déroutant.

De retour en France pour quelques mois à l’été 2024, ce sont les anges du centre médico-social du Croisic qui nous prennent sous leurs ailes lors du premier forum de l’hospitalité auxquels nous sommes conviés. Le début d’une longue série de rencontres et d’échanges en visio dans la salle Oasis, qui porte bien son nom. On s’y rassemble à la source pour partager avec les résidents notre voyage, un goûter, une anecdote, écouter leurs histoires et leurs quotidiens qui nous rappellent que l’on peut échanger un morceau de vie avec chacun, partout où nous sommes, quelle que soit notre condition. Nous sommes profondément touchés par la fraternité et le souci de l’autre qui unis résidents, bénévoles, animateurs, frères et collaborateurs. Des héros de l’hospitalité au quotidien.

Emmanuelle, qui prenait tant de soin à garder contact avec nous pendant nos virées en mer, a pris son envol le jour de notre dernière visio, le 24 février 2026, laissant un grand vide derrière elle.

Nos rendez-vous au Centre Lecourbe à Paris et au Centre Hospitalier Dinan / Saint-Brieuc à quelques pas de chez nous en Bretagne ont la même saveur de fraternité et d’hospitalité. Une saveur exotique dans un monde trop souvent replié sur soi, engourdi dans le confort du quotidien et cristallisé par la peur de l’autre.

Ne sommes-nous pas tous appelés à être des messagers sans bateau ? Pour paraphraser Madeleine Delbrël dans son œuvre Missionnaires sans Bateau (1943). A sortir de nous-mêmes pour aller vers l’autre ? A apporter un peu de lumière là où le soleil s’est effacé ? « Le soleil il arrive » nous dit Anna tous les matins.

  • Messager vers… notre voisin qui n’a pas l’air bien ce matin.
  • Messager vers… cette personne avec qui l’on prend le temps de discuter un peu plus qu’à l’accoutumer.
  • Messager vers… cette foule qui nous fait un peu peur ou ce lieu que l’on n’a pas encore osé visiter.
  • Messager vers… cette proposition que l’on nous a faite qui nous semble insurmontable.

A l’approche de la fête de saint Jean de Dieu qui s’annonce du Croisic à Madagascar en passant par Paris et Marseille, aux couleurs des messagers de l’hospitalité, cet appel retentit d’autant plus fort. Et c’est chacun avec notre histoire, nos conditions de vies et nos moyens que nous pouvons oser y répondre. L’hospitalité ne déçoit pas. Mieux que cela, elle réfléchit la lumière et vous avez été nombreux à nous le témoigner ces deux dernières années.