Discours de clôture du 105e Chapitre provincial

Frère Mathieu, Provincial

 

Frères Pascal et Joaquim,

Chers membres de l’Assemblée capitulaire,

Au Père Christophe, Vincent, Antoine et Marie,

A vous tous, frères et collaborateurs, amis de notre famille hospitalière,

Avant que le Père Général ne vienne clore nos travaux – placés sous l’appel de « Diffuser l’hospitalité dans un monde en mutation » – je reçois de vos mains cette mission de service. Je voudrais vous dire quelques mots simples, habités par une seule certitude : nous ne sommes pas seuls sur cette traversée.

Si je regarde le chemin parcouru ces derniers jours, mon premier sentiment est celui d’une profonde reconnaissance. Ce temps a été une véritable visitation de l’Esprit.

Depuis la voix du terrain, en métropole comme dans l’Océan Indien, jusqu’aux reformulations de l’assemblée pré-capitulaire, et enfin ici, au cœur de ce 105e Chapitre, nous avons travaillé, prié, débattu. Nous avons surtout discerné ensemble, cherchant sous le bruit du monde la note juste de notre mission d’hospitalité.

Cette quête commune, nous ne l’avons pas menée isolément.

Je salue avec une fraternité soulignée Frère Pascal Ahodegnon, notre Supérieur général, ainsi que les Frères Joaquim et Étienne. Votre présence à nos côtés n’a pas été une simple formalité. Elle a été le signe visible de notre unité avec l’Ordre universel. Merci de nous avoir guidés avec cette autorité qui n’impose pas, mais qui suscite la vie.

Ma reconnaissance s’étend à ceux qui ont rendu ce discernement possible dans le concret de nos journées :

  • Merci au Père Christophe, qui a été le gardien de la source : par ton animation, la Parole de Dieu n’a pas seulement été citée, elle est restée le centre de gravité de nos échanges.
  • Merci à Vincent, qui a bâti le temple de notre parole : grâce à ta méthode, notre liberté a trouvé son ordre et notre audace sa mesure.
  • Merci à Marie, dont la discrétion est le reflet de l’efficacité du cœur : ton travail silencieux est désormais gravé dans l’histoire de notre province.
  • Enfin, merci à l’équipe de la Curie, ces mains invisibles sans lesquelles ce corps provincial ne pourrait agir.

Mais au-delà de l’organisation de ce Chapitre, c’est l’histoire même de notre Province qui s’écrit dans la continuité des visages qui l’ont servie. C’est pourquoi je veux exprimer un hommage reconnaissant à notre Provincial sortant.

Cher Frère Paul-Marie, durant huit années, tu as porté cette mission avec un courage et une persévérance qui forcent le respect. Tu as guidé notre famille à travers les croissances et les épreuves avec un souci constant de la communion. Tu nous remets aujourd’hui une maison ouverte. Au nom de tous : merci pour ton dévouement total et, plus que tout, pour ton amour de notre famille religieuse. Tu as gardé la lampe allumée ; nous tâcherons, ensemble, de ne pas la laisser faiblir.

C’est précisément cette lumière que nous sommes appelés à porter au dehors, car ce Chapitre a révélé notre véritable visage : celui d’une fraternité qui ne nie pas les tensions, mais qui choisit de les traverser pour chercher la vérité.

Comme l’a prononcé le Père Général dans son mot introductif, « Diffuser l’hospitalité dans un monde en mutation » n’est pas un slogan pour nos brochures. C’est un acte prophétique. Dans un monde souvent dur et fragmenté, notre présence auprès des plus fragiles est l’Évangile en actes. C’est rendre à l’homme sa dignité d’enfant de Dieu par une écoute et une présence vraies.

Pourtant, soyons lucides : les orientations que nous avons adoptées aujourd’hui ne doivent pas rester un texte de papier. Elles doivent devenir notre boussole de feu. Je vous le dis avec humilité : cette ambition dépasse les seules forces d’un Provincial ou d’un Conseil.

La Province n’avancera que si chacun – frère, sœur, collaborateur – prend sa part dans un esprit de coresponsabilité. Nos besoins sont exigeants ? Tant mieux. Ils nous arrachent à la routine qui endort le charisme. Ils seront féconds si nous gardons un seul regard, celui porté sur la personne vulnérable qui nous est confiée.

Pour ma part, je ne suis pas saint Jean de Dieu. Je n’ai pas vocation à être un héros solitaire. Mon désir profond est d’être un frère parmi les frères, un serviteur de l’unité et un veilleur sur la mission. Si nous marchons ensemble, pas à pas, nous ne craindrons aucun défi, car l’hospitalité est une force qui ouvre l’avenir.

Pour conclure, je nous laisse cette image simple : une Province, c’est une main. Nos doigts sont différents, nos rôles divergent, nos forces varient. Mais c’est une seule main. Une main pour bénir, pour soigner, pour relever. Restons unis comme les cinq doigts de la main, non pour nous replier en un poing fermé, mais pour rester une main tendue vers l’autre.

Que le Seigneur et Saint Jean de Dieu bénissent notre Province et nous accordent cette fidélité créative dont nous aurons besoin.

À vous toutes et à vous tous, merci.

 

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Frère Mathieu Sisahaye, a été élu supérieur provincial de France et de l’Océan indien le 26 février 2026 à Paris. Originaire de La Réunion, Frère Mathieu succède à Frère Paul-Marie Taufana, dont il était le 1er conseiller provincial.

Agé de 67 ans, Frère Mathieu Sisahaye est né à Grand-Ilet sur l’île de La Réunion. Il est entré dans l’Ordre en 1975 et a fait profession solennelle en 1988. Il a notamment fait partie des trois Frères qui ont fondé la première communauté de l’Ordre à Madagascar en 2008.

Le nouveau supérieur provincial sera accompagné de quatre conseillers, élus dans l’après-midi du même jour :

Fr. Didier Lacau, 1er Conseiller

Fr. Jean-Guillaume Rasolondraibe, 2ème Conseiller

Fr. Emilien Ratsimandresy, 3ème Conseiller

Fr. Paul-Marie Taufana, 4ème Conseiller

Aujourd’hui, la province de France et de l’Océan indien des Frères de Saint Jean de Dieu compte une soixantaine de religieux qui œuvrent dans des structures sanitaires, sociales et médico-sociales en France, à Madagascar, à l’Île Maurice et à La Réunion avec le soutien de près de 2000 collaborateurs.

Présents sur les cinq continents, dans 54 pays, près de 1000 Frères hospitaliers accueillent, accompagnent et soignent plus d’un million de personnes en situation de vulnérabilité dans plus de 400 œuvres apostoliques, avec l’aide professionnelle de quelque 60 000 collaborateurs laïcs.

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Les Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu, réunis pour le 105ᵉ Chapitre provincial, sont entrés ce 26 février au soir dans la phase décisive de discernement qui précède l’élection du nouveau provincial et de son conseil. Après les temps d’écoute, de partage et de relecture, l’heure est désormais au silence, à l’intériorité et au discernement.

Dans cette étape déterminante pour la province, l’Ordre choisit de se placer humblement sous la lumière de la Parole de Dieu. L’homélie prononcée par l’un des facilitateurs du Chapitre, le Père Christophe Kerhardy, a permis d’éclairer ce moment particulier. A travers la figure de Jonas, il a rappelé que « Dieu confie sa mission à des hommes fragiles », qu’il relève et qu’il envoie, et que le véritable signe attendu n’est pas spectaculaire, « mais celui d’une communauté qui écoute et se convertit. »

Alors que commence ce temps de discernement électif, les Frères entrent volontairement dans une période de réserve et de silence. Ils confient l’avenir de la province à la prière de tous : Frères, collaborateurs, bénévoles, bienfaiteurs et amis de l’Ordre. Que chacun puisse s’unir à cette démarche spirituelle, afin que celui qui sera appelé au service de provincial soit, selon les mots du Père Christophe Kerhardy, « un signe de don, de paix et de service. »

Jonas,

Un homme de Dieu hésitant, une mission vécue à contre cœur, un prophète récalcitrant, une course missionnaire interrompue et trois jours perdus dans le ventre de la baleine au fond de l’abîme… Et soudain, la vie qui remonte, la parole qui est relancée et la ville qui se convertit, homme et animaux, petit et gros bétail disposés à écouter Dieu.

Jésus se saisit de cette épisode et déclare : « Il n’y a pas de signe plus grand. » Jonas, le plus grand signe de la Bible.

La grandeur du signe, ce n’est pas la tempête qui s’apaise, ni le ventre de la baleine, ni un prodige éclatant dans le ciel ; la grandeur du signe de Jonas c’est une communauté qui écoute, une communauté qui change, une communauté qui se convertit ; la grandeur du signe de Jonas, c’est Ninive. Le grande ville  s’ajuste à la volonté du Seigneur.

Le monde d’aujourd’hui réclame des signes, des garanties, des preuves, mais Dieu répond par une voix discrète, douce, fidèle, et pourtant dans un appel insistant. Sa voix  traverse les siècles et dit : « Convertis-toi et vis. »

Dans nos jours fatigués, où l’espérance tremble, où la foi se cache, où l’amour vacille, Jésus demeure le signe le plus parlant.

Il est la lumière que la nuit ne peut avaler, la résurrection qui ne se dément jamais, la promesse plus forte que le déclin.

Et maintenant, Frères, alors que notre chapitre se prépare à choisir un Frère pour la mission de provincial, écoutons la leçon de Jonas : Dieu fait confiance à des hommes fragiles ; il les relève, il les envoie, il les rend capables d’être au service des autres.

Que celui qui sera élu devienne un signe parmi nous :

  • un signe de don,
  • un signe de paix,
  • un signe de service.

Et que nous tous, portés par l’Esprit, soyons comme le peuple de Ninive qui entend la Parole, qui l’accueille et décide d’en vivre. Louons l’hospitalité de Ninive et laissons-nous inspirer par sa conversion expresse. Amen.

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Le Chapitre provincial donne souvent l’image d’un moment à part, presque suspendu. Pourtant, derrière ces quelques jours de discernement, plusieurs mois de travail ont précédé. Vincent Taillandier, facilitateur du Chapitre aux côtés du Père Christophe Kerhardy, et coach professionnel, revient sur la démarche engagée par la province.

Un Chapitre, ce n’est pas seulement quelques jours de réunion…

On a parfois l’impression que le Chapitre est une bulle, un moment clos, presque un conclave. En réalité, pour la province de France, l’ambition a été de construire les orientations ensemble, par un travail de réflexion en amont avec l’ensemble des membres de la Famille hospitalière.

La démarche s’est structurée en trois étapes. D’abord, un large temps de conversations sur le terrain autour des grands enjeux auquel l’Ordre fait face aujourd’hui. Huit rencontres ont été organisées, en France métropolitaine et dans l’Océan indien, réunissant Frères, collaborateurs, bénévoles, résidents, Sœurs. Près de mille contributions ont été recueillies. Elles expriment à la fois un vécu, des attentes, des points de vigilance et des propositions concrètes.

Avant l’ouverture du Chapitre proprement dit, une assemblée pré-capitulaire a ensuite permis de travailler ce matériel et de le synthétiser pour le transmettre au discernement des Frères. Le Chapitre s’inscrit donc dans une dynamique de continuité : accueillir, transformer, discerner.

Comment facilitez-vous un tel processus, en particulier au sein d’une congrégation religieuse ?

Il existe de nombreuses similitudes entre le fonctionnement d’une congrégation et celui d’une association, qui est mon cœur de métier. La particularité tient à la dimension spirituelle et communautaire, qui ajoute une profondeur supplémentaire au travail collectif.

L’enjeu majeur est d’inciter les participants à s’ouvrir, à être prêts à écouter des idées nouvelles, à se laisser déplacer. Nous sommes tous, Frères ou laïcs, limités par nos habitudes, nos schémas de pensée. Le travail collectif permet justement de dépasser ces limites.

Les Frères parlent volontiers d’écoute de l’Esprit Saint. Je le comprends comme une disponibilité intérieure : accueillir la parole de l’autre, accepter qu’elle nous transforme. La diversité des parcours, des cultures, des histoires au sein de la province est une richesse considérable, à condition de consentir à cette ouverture.

Quel message adresseriez-vous au futur gouvernement provincial ?

Il y a aujourd’hui déjà de nombreux messages forts issus de tout ce travail ! Peut-être n’en mesurons-nous pas encore toutes les conséquences. Le défi sera de s’approprier ces orientations et de discerner comment les mettre en œuvre concrètement.

La question sera, aussitôt après le Chapitre, de savoir par quoi commencer. Quel premier pas poser, qui en appellera d’autres ? Comment rester dans le dialogue et le discernement tout au long des quatre années à venir ? Le contexte peut évoluer, des priorités peuvent changer. L’essentiel sera de garder vivante cette capacité collective à écouter, à ajuster, à chercher ensemble une voie.

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Le 105e Chapitre provincial de la province Saint-Jean-Baptiste, réunissant une trentaine de Frères venus de France, de Madagascar, de l’Île Maurice et de La Réunion, s’est ouvert le 23 février à Paris. Pendant plusieurs jours, les participants auront la responsabilité de discerner les orientations qui guideront la mission hospitalière pour les quatre prochaines années et d’élire la nouvelle équipe de gouvernement provincial.

Un temps spirituel avant d’être organisationnel

La journée d’ouverture a débuté par la célébration de l’eucharistie dans la chapelle du Centre Lecourbe des Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu. La messe était présidée par Frère Christian Clavé et le Père Christophe Kerhardy, jésuite, qui anime le Chapitre tout au long de la semaine.

Au cours de l’homélie, le Père Christophe a replacé les travaux sous le signe de la relecture évangélique. Il a notamment rappelé que « l’hospitalité se vérifie dans des gestes simples comme donner à boire, visiter, accompagner, soigner… »

« Le Royaume de Dieu commence dans un verre d’eau, dans une chemise donnée, dans un morceau de pain partagé. À y regarder de près, la barre du jugement n’est pas très haute : on ne nous demande pas des exploits, mais de la bonté », a-t-il souligné, invitant les capitulaires à discerner non pas à partir de projets théoriques, mais à partir de ce qui a réellement été vécu.

« Le Chapitre n’est donc pas d’abord un exercice administratif, c’est un temps de conversion, un appel à recentrer la mission sur le Christ présent dans les personnes malades et vulnérables. »

Un monde en mutation, une hospitalité à réinventer

Dans son discours d’ouverture, le supérieur général, Frère Pascal Ahodegnon, a élargi la perspective en rappelant le contexte d’un monde marqué par l’intensification des vulnérabilités : précarité accrue, santé mentale fragilisée, vieillissement, crises économiques et climatiques.

Face à ces réalités, il a appelé les Frères à « élargir l’espace de la tente », à sortir des zones de confort et à ne pas se contenter de gérer l’existant. « L’hospitalité, a-t-il insisté, n’est pas un patrimoine à conserver mais une ‘médecine d’urgence’ pour un monde blessé. » Pour y répondre, il a présenté quatre axes : élargir la présence vers les périphéries humaines ; réactualiser le charisme face aux nouvelles pauvretés ; agir avec audace dans les champs social et médico-social ; renouveler la vie consacrée comme source intérieure de la mission.

Relire un mandat : gratitude, lucidité et transmission

La première journée était consacrée au bilan du quadriennat 2022-2026, présenté par le supérieur provincial sortant, Frère Paul-Marie Taufana. Ce dernier a d’abord exprimé sa reconnaissance envers les frères, les collaborateurs laïcs, les bénévoles et partenaires, rappelant que « l’hospitalité ne se décrète pas, elle se reçoit et se transmet. » Sur le plan missionnaire, il a rappelé plusieurs points majeurs de ces 4 dernières années, tels que l’augmentation du nombre de vocations dans l’Océan indien, le déplacement du centre de gravité de la province depuis la France vers l’Océan indien, la nécessité d’un approfondissement de la formation, pour les Frères comme pour les collaborateurs, et enfin un appel à clarifier la gouvernance et à articuler plus justement la relation entre l’Ordre et la Fondation.

« L’avenir ne réside pas d’abord dans la conservation des murs, mais dans la transmission du feu de l’hospitalité. »

Un Chapitre placé sous le signe de la transmission

Les collaborateurs et bénévoles de la Curie provinciale et du territoire de l’Océan indien ont ensuite présenté chacun leurs bilans. Au terme de cette première journée, une même préoccupation apparaît clairement : comment transmettre l’hospitalité dans un monde en mutation, au regard des enjeux sociétaux, éthiques, de laïcité… ?

Les prochains jours seront consacrés au discernement et à la définition des orientations concrètes qui guideront les quatre prochaines années de la vie de la province, ainsi qu’à l’élection du nouveau gouvernement provincial.

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Les 18 et 19 février, 80 Frères de Saint Jean de Dieu, Sœurs hospitalières et collaborateurs de la province de France – France et Océan indien – se sont réunis à Paris, pour vivre une assemblée pré-capitulaire en vue du 105ᵉ Chapitre provincial qui se tiendra à Angers du 23 au 27 février.

Deux jours de travail, de relecture et d’échanges pour proposer des orientations au Chapitre autour de 4 grandes thématiques : « L’Hospitalité de saint Jean de Dieu, source et identité vivante », « Gouverner ensemble dans un esprit de service », « Communautés et œuvres : bâtir une culture de la confiance », « Le soin spirituel et religieux dans l’accompagnement global ».

Faire mémoire pour mieux discerner

« Notre charisme d’hospitalité n’est pas un musée, a souligné Frère Etienne Sene, conseiller général, en ouverture de cette assemblée. C’est une force vivante qui nous pousse à nous adapter, à innover, à ouvrir des chemins. » A quelques jours du Chapitre provincial qui réunira les Frères hospitaliers pour la 105e fois depuis leur arrivée en France en 1602, une façon de rappeler l’enjeu de cet événement :

« Pour servir dans ce monde qui change, nous devons nous renouveler, tout en gardant en tête notre mission qui, elle, reste claire : servir, avec le cœur du Bon Samaritain. »

Ces journées ont permis de dresser un bilan du chemin parcouru par la Fondation Saint Jean de Dieu ces 4 dernières années, en présence de son président et de son directeur général, ainsi que de collaborateurs et de représentants des congrégations partenaires : développement de nouveaux dispositifs pour les personnes sans-abri, ouverture d’un centre ressources territoriales, mobilité européenne, ouverture de tiers-lieux, renforcement de la qualité de vie au travail, chemin vers la labellisation LUCIE 26000…

La Famille hospitalière, une responsabilité partagée

La présence des laïcs au sein de cette assemblée pré-capitulaire n’est pas symbolique. Elle traduit une réalité de l’Ordre depuis une vingtaine d’années : vivre la mission ensemble, Frères, Sœurs hospitalières, collaborateurs et bénévoles. Sous l’entité de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu, « nous vivons l’hospitalité ensemble, dans la complémentarité de nos vocations », a rappelé Philippe Girard, président de la Fondation Saint Jean de Dieu et membre affilié de l’Ordre. « La Fondation est dépositaire d’un patrimoine humain et spirituel confié par les Frères. Notre responsabilité est double : préserver l’identité profonde de nos œuvres et en même temps continuer de répondre aux besoins d’aujourd’hui et de demain. »

Une hospitalité qui soigne la société

Les travaux étaient facilités par Vincent Taillandier et le Père Christophe Kerhardy, jésuite. Ce dernier, dans sa prière d’ouverture, a rappelé aux participants que l’enjeu de la rencontre s’inscrivait dans une perspective plus large que la seule mission de chacun : « Votre hospitalité soigne la société toute entière. Elle agit comme un remède qui vient contrer les forces qui fragmentent le tissu social. » « L’hospitalité, a-t-il ajouté, est sœur de l’amour et puise à la source du Bon Samaritain. Derrière nos mots, derrière nos choix, il n’y a pas d’abord des tableaux ou des organigrammes. Il y a des personnes, des visages. »

Des orientations remises au Chapitre

Pendant deux jours, les participants ont travaillé sur les quelque 1000 retours produits entre novembre 2025 et janvier 2026 sur l’ensemble du territoire de la province, en France et dans l’Océan indien. A leur tour, ils en ont tiré des orientations qui seront formellement remises aux Frères. Le Chapitre provincial aura désormais à entendre cette voix collective pour tracer le chemin des quatre prochaines années.

Cette assemblée a été un espace de vérité, de reconnaissance des joies comme des tensions, et d’engagement renouvelé. « L’hospitalité n’est pas une organisation, c’est une manière de regarder l’autre », a rappelé Philippe Girard. Et comme l’a conclu Frère Paul-Marie Taufana, au terme de huit années comme provincial :

« L’hospitalité, elle, ne se ferme jamais. Elle s’ouvre. Encore. Et toujours. »

 

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Après des années de mission en Sierra Leone où il a notamment vécu un enlèvement en 1998, Frère Fernando Aguiló vit une nouvelle étape marquée par la maladie et la fragilité. Depuis l’Espagne où il s’est retiré, malgré la fatigue et la maladie, ce religieux et médecin continue inlassablement de soutenir la Famille hospitalière dans ce pays africain à l’histoire mouvementée, découvrant une nouvelle façon de voir sa vocation de Frère hospitalier. Rencontre. 

Un enlèvement, bien sûr, cela marque…

…même si le nôtre a eu une fin heureuse ! Nous étions ensemble : trois Frères, un volontaire et un prêtre carme malade. Nous priions, parlions et jouions même avec les enfants des ravisseurs. Au début, il y a eu des menaces : on nous a dit que nous étions une monnaie d’échange et que, s’ils devaient fuir, ils nous tueraient. Ils essayaient de nous cacher à la population, qui leur reprochait d’avoir enlevé des religieux de l’hôpital.

Comparé à d’autres enlèvements dont j’ai lu le récit, le nôtre fut plutôt un « tourisme intérieur forcé » avec des guides peu fiables. Mais, personnellement, mon véritable enlèvement a été ma maladie : elle m’a obligé à changer de vie et m’a conduit à me poser beaucoup de questions. En pleine crise, un petit livre du cardinal Van Thuan, Cinq pains et deux poissons, m’a beaucoup aidé. J’y ai lu une phrase qui m’a profondément marqué : « Tu as choisi Dieu seul, pas ses œuvres. » Cela m’a aidé à accepter la réalité et à chercher sans cesse comment continuer à aider, au lieu de me concentrer sur ce que je ne pouvais plus faire.

Avez-vous changé votre manière de comprendre Dieu ?

Oui. Je Le sens plus proche, plus humain.

La vie missionnaire est souvent associée à l’action, au voyage, au service direct. Comment cette mission se transforme-t-elle quand le corps impose ses limites ?

La vocation religieuse est le fondement de la mission. C’est cette motivation profonde qui donne stabilité et force face aux nombreuses difficultés. On n’est jamais vraiment préparé à ce qu’une maladie, de manière précoce et inattendue, vous impose des limites. Je suis passé d’un missionnaire actif à un missionnaire en ligne, devenu porte-parole de la mission où que je sois. Parfois, je me dis que certains doivent penser en me voyant : « Encore ce fatigant de Sierra Leone ! »

Que vous a appris votre expérience en Sierra Leone sur la valeur de la vie, du don et de l’espérance ?

De l’être humain, on peut attendre le meilleur comme le pire. Je crois que, même si le mal fait plus de bruit, le bien demeure majoritaire.

Quand on est engagé dans une cause, on ne calcule pas les risques. Lors de l’enlèvement, certains Frères africains ont voulu se proposer pour nous remplacer. Les guérilleros ont répondu qu’ils ne valaient rien au niveau international. C’est la cruelle réalité de ce monde : la valeur d’une personne dépend de l’endroit où elle est née.
L’un des commandants, en apprenant nos nationalités — Espagnols, Italien, Autrichien — s’est fâché : « Gens sans valeur ! Moi, je veux des Anglais ou des Américains. » Même entre les pays riches, il existe des catégories.

Les guerres se mesurent selon leur impact économique ou médiatique, mais pour ceux qui les subissent, elles se valent toutes. Peu importe qu’on meure d’un drone ou d’une machette. Je me souviens qu’à Mabesseneh, le moindre bruit la nuit faisait fuir toute la population. Les enfants couraient se cacher dans la forêt, les personnes âgées se réfugiaient à l’hôpital. Elles vivaient avec leurs affaires prêtes, près de la porte, au cas où il faudrait fuir. Pendant des années, j’ai vu à Lunsar des choses très dures : des blessés, souvent par machette, même de très jeunes enfants. Cela vous change pour toujours.

Que signifie pour vous aujourd’hui la vie fraternelle ?

Dans la vie religieuse, la communauté est essentielle. Même s’il y a des difficultés et que chacun a ses émotions, il faut prendre soin de la vie fraternelle. C’est la clé pour incarner les valeurs de l’Ordre partout où il est présent.

Dans un monde en constante évolution, que diriez-vous aux jeunes attirés par la vocation ou la mission ?

Je leur dirais de se former du mieux possible, d’apprendre la langue officielle du pays où ils iront, même s’il existe aussi des langues locales. Pouvoir communiquer avec les professionnels locaux est essentiel, car ce sont eux les ponts avec la population.

Je leur conseille aussi d’y aller avec humilité et ouverture. La compétence technique est précieuse, mais les locaux connaissent mieux leur culture que nous. Il faut collaborer dans le dialogue et le consensus : sans cela, tout ce que vous construisez peut disparaître quand vous partez. Et bien sûr, il faut rester réaliste : reconnaître ses limites et ne pas créer de faux espoirs.

Comme médecin et religieux, vous avez été très proche de la fragilité humaine. Maintenant que vous la vivez vous-même, qu’avez-vous appris ?

Quand vous voyez la fragilité chez les autres, cela vous amène à la compassion et à chercher comment aider. Dans mon cas, cela m’a conduit à me former comme chirurgien général, puisque nous ne pouvions pas transférer les patients.

Mais vivre la fragilité en première personne est plus difficile. Il faut du temps pour accepter la nouvelle réalité sans se mentir à soi-même. Cela vous pousse à trouver de nouvelles manières de continuer à servir.

Si vous deviez résumer votre vie en un mot ou une phrase, que diriez-vous ?

Je ne suis pas très doué pour résumer ma vie en un mot, mais je dirais peut-être : « Heureux. » Heureux d’avoir été envoyé en Sierra Leone, pour les années vécues là-bas, pour tout ce que j’y ai appris et partagé, humainement et professionnellement, et pour pouvoir encore aider, aujourd’hui, autrement.

Propos recueillis par Maite Hereu

Le lundi 12 janvier, le supérieur général de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, Frère Pascal Ahodegnon, accompagné des membres de son Conseil général, a été reçu en audience par le pape Léon XIV.

Après un échange cordial, le pape et le supérieur général se sont entretenus en privé sur des questions d’actualité. Cette rencontre s’inscrit dans la tradition de dialogue régulier entre le Saint-Siège et l’Ordre hospitalier, fondé au XVIᵉ siècle par saint Jean de Dieu, et reconnu pour son engagement historique au service des personnes malades, pauvres et vulnérables.

Plusieurs sujets majeurs ont été abordés au cours de l’entretien. La pastorale de la santé, dans l’Église et au sein de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, a occupé une place centrale, dans un contexte de profondes mutations des systèmes de soins. Les échanges ont également porté sur l’avenir des structures sanitaires catholiques en Italie, confrontées à des défis à la fois économiques, institutionnels et éthiques.

La santé mentale, comme enjeu mondial de première importance, a fait l’objet d’une attention particulière. Le pape Léon XIV et le supérieur général ont souligné la nécessité d’un engagement accru de l’Église dans ce domaine, en cohérence avec le charisme hospitalier de Saint Jean de Dieu, fondé sur la dignité de toute personne et le soin intégral de l’être humain.

Enfin, la rencontre a permis de mettre en lumière la présence des Frères hospitaliers à Drohobycz, en Ukraine, où l’Ordre développe un projet de structure dédiée à l’accompagnement social. Cette initiative constitue un signe concret de solidarité avec les populations touchées par la guerre et un témoignage vivant de l’engagement de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu en faveur de la paix, de la justice et de la proximité avec les plus fragiles.

Présent aujourd’hui dans 54 pays, l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu poursuit ainsi sa mission au cœur des enjeux contemporains de la santé, fidèle à l’intuition fondatrice de son saint patron : soigner, accueillir et servir, sans distinction, ceux que la société laisse le plus souvent en marge.

Le 105ᵉ Chapitre provincial des Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu est désormais entré dans sa phase active de préparation. En France comme dans les communautés de l’Océan indien, Frères et collaborateurs s’engagent dans un vaste temps de réflexion et de discernement, appelé à éclairer les priorités de la province pour les quatre années à venir.

Moment majeur de la vie de l’Ordre, le chapitre provincial se tient tous les quatre ans. Il constitue l’assemblée la plus importante pour les frères d’une province : un temps de prière, de dialogue et de décision collective, enraciné dans le charisme de l’hospitalité hérité de saint Jean de Dieu. Le prochain chapitre se déroulera du 23 au 27 février 2026 à Angers, mais il se prépare dès aujourd’hui, au plus près du terrain.

Dix ateliers pour penser l’hospitalité d’aujourd’hui et de demain

Pour soutenir ce chemin, dix ateliers préparatoires sont actuellement en cours sur l’ensemble de la province Saint Jean-Baptiste (France et Océan indien). Ils réunissent Frères et collaborateurs au cœur même des œuvres hospitalières. On y aborde des thèmes tels que : l’hospitalité comme identité vivante, la coopération, la protection des personnes, la gouvernance partagée, ou encore le soin spirituel et religieux dans l’accompagnement global.

Ces temps sont volontairement ouverts et créatifs. Ils permettent de prendre de la hauteur, de relire les pratiques, mais aussi de rêver et d’imaginer une hospitalité fidèle au charisme, capable de répondre aux fragilités d’aujourd’hui. D’autres ateliers concernent plus spécifiquement les Frères, qu’ils soient en France métropolitaine ou dans les communautés de l’Océan indien. Ils portent sur la vie communautaire et religieuse, la formation, l’organisation provinciale et l’implication missionnaire.

L’enjeu est clair : identifier les nouveaux besoins d’hospitalité et réfléchir aux moyens de donner davantage d’autonomie aux œuvres et aux équipes de terrain, afin de soutenir au mieux la mission.

Une démarche synodale inédite

Pour la première fois, la province s’engage résolument dans une démarche synodale, associant Frères et collaborateurs à différentes étapes du processus. Ce chemin se déploiera en deux temps forts :

  • une assemblée pré-capitulaire, les 18 et 19 février 2026, réunissant Frères et collaborateurs ;

  • le Chapitre provincial, réservé aux frères, du 23 au 27 février 2026.

En amont, sur chaque territoire, les ateliers rassemblent largement la Famille hospitalière : frères, sœurs, salariés, bénévoles, personnes accueillies et proches aidants. Cette diversité de regards nourrit un discernement ancré dans la réalité vécue des œuvres.

Marcher ensemble vers le Chapitre

À l’issue de ces travaux préparatoires et de la mise en commun des fruits des ateliers viendra alors le temps du chapitre proprement dit, durant lequel les Frères auront la responsabilité de discerner et de décider des orientations majeures pour les quatre prochaines années.

Ainsi, de la France à l’Océan indien, la province Saint Jean-Baptiste avance pas à pas, dans un esprit d’écoute, de confiance et de service. Un chemin exigeant, au service d’une hospitalité toujours plus vivante, fidèle à l’intuition fondatrice de son fondateur, saint Jean de Dieu.

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Après 2850 miles au compteur, 18 jours et 11h30 en mer, Flore et Valentin ont posé le pied à Tobago avec leur petite Anna, deux ans et demi. À bord de Malo d’Eau, ils viennent de franchir l’Atlantique, poursuivant leur tour du monde à la voile à la rencontre de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu, dans l’esprit des Messagers de l’Hospitalité. Journal de bord de Flore…

L’arrivée a la couleur des grandes premières fois : une île verte et montagneuse, des eaux mêlées de douceur et de sel, des sourires, des sound systems, des poissons grillés… Et, très vite, la vie ordinaire reprend ses droits : la lessive sur la jetée, comme un clin d’œil aux escales africaines. Le voyage continue, simplement, autrement.

Une traversée, trois membres d’équipage

Anna nous a impressionnés presqu’autant qu’elle nous a épuisés. Pétillante de vie. Un poisson dans l’océan, en corps à corps presque parfait avec Malo d’Eau, solidement ficelée dans son petit harnais. Imperturbable face au moindre mouvement du bateau. « Oh la vague ». La jubilation des petits riens dans la monotonie du quotidien. Les enfants se fondent dans le présent et nous narguent par leur spontanéité et leur adaptabilité.

Valentin en bon marin veille au grain et nous en avons essuyé quelques-uns. Il installe à bord, avec une ferme douceur, l’ordre et la routine, et dès les premiers miles, chacun trouve sa place, dans l’inconfort du quotidien. A son habitude, jamais la moindre plainte ou impatience ne sortent de sa bouche. Il s’enquiert volontiers des tâches les plus ingrates, dans la discrétion la plus totale ou avec ce brin d’humour qui lui va si bien.

De mon côté c’est un peu plus houleux. Comme cette mer qui m’a laissé un tantinet farineuse toute la traversée. Je claque mes humeurs et ma bonne humeur comme le spi qui part au lof et à l’abattée et m’enquiers vaillamment du ravitaillement des troupes. Chaque repas est une fête. Non pour leur contenu mais pour la joie de se remplir l’estomac en passant un bon moment tous les trois. Quelques mots échangés, deux trois nouilles renversées et boutades du moment mettent du baume au cœur pour le reste de la journée

Bénédictions et tempêtes

La mer donne et reprend. Un premier dimanche au coucher du soleil, une bonite mord à l’hameçon juste à l’heure du dîner. Un autre jour, une dorade coryphène se transforme en sushis. Et puis, la nuit, une vague plus grosse que les autres couche le bateau sur son flanc ; la cuisine valdingue, l’annexe et le moteur disparaissent. L’océan rappelle sa force, sans détour.

Lorsque l’empannage attendu arrive, l’action redonne de l’élan : Tobago est en vue. La fatigue est réelle, la vigilance constante. Mais l’essentiel demeure : la joie du chemin parcouru ensemble, le temps passé à reconnaître les animaux, cette complicité qui se tisse au fil des quarts.

Accoster pour mieux repartir

Dimanche 21 décembre. Derrière les montagnes verdoyantes de Tobago se devine un répit. Un repos relatif – la vie à terre aussi a ses fragilités – mais bienvenu. Et quel vrai repos sinon celui auquel on peut goûter au dedans de soi. Ce continent intérieur, ce morceau d’éternité où l’on se sent immensément aimé et vivant, bercé par le murmure de l’océan ou le brouhaha incessant de la terre. Un cœur à cœur avec l’infini qui nous attend partout si l’on veut bien déblayer un peu ses peurs et préjugés et écouter notre petite musique intérieure.

Merci la Vie ! ✨