Le 10 mars 2026, plus de 150 personnes se sont réunies au Centre Saint-Barthélemy à Marseille pour célébrer la fête de saint Jean de Dieu, initiateur de l’Ordre hospitalier. Résidents, collaborateurs, bénévoles, Frères et Sœurs des établissements Saint-Barthélemy, Saint-Raphaël, Forbin et Le Bon Pasteur ont partagé ce moment fraternel autour des Messagers de l’hospitalité, qui font le tour du monde à la voile à la rencontre de la Famille hospitalière.

La chapelle du Centre Saint-Barthélemy, pleine pour l’occasion, a accueilli la célébration eucharistique présidée par le Père Angelini, aumônier de l’établissement. Parmi les invités figuraient notamment Frère Mathieu Sisahaye, récemment élu supérieur provincial de la province Saint-Jean-Baptiste, ainsi que Philippe Girard, président de la Fondation Saint Jean de Dieu.

Revenir à une source

Pour Frère Mathieu, vivre cette fête à Marseille revêtait une signification particulière. C’est en effet ici que Frère Paul de Magallon, au XIXᵉ siècle, rassembla ses premiers compagnons avant de restaurer l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu après sa disparition à la Révolution. Cette mémoire n’est pas seulement historique, a souligné Frère Mathieu, elle rappelle l’élan missionnaire qui doit continuer d’animer l’Ordre aujourd’hui.

Le provincial a également insisté sur la responsabilité partagée de tous ceux qui participent à la vie des établissements. Religieux, collaborateurs, bénévoles, directions ou résidents, « l’hospitalité n’est pas la propriété de quelques personnes, elle devient réalité chaque fois qu’un regard respecte, qu’une parole relève ou qu’un soin est donné avec délicatesse. »

« Messagers de l’hospitalité »

Le thème choisi pour la fête de saint Jean de Dieu à travers tous les établissements de France et de l’Océan indien, « Ensemble, nous sommes des messagers de l’hospitalité »s’inspire de l’aventure de Flore et Valentin, partis en voilier à la rencontre de la Famille hospitalière à travers le monde.

Présente à Marseille pour l’occasion, Flore a livré un témoignage particulièrement touchant, rappelant que leur voyage n’avait rien d’un exploit héroïque, mais qu’il était avant tout une invitation à changer de regard sur l’autre. Au fil de leurs rencontres, ils ont découvert combien l’hospitalité se vit concrètement dans le quotidien des établissements de l’Ordre.

Pour Flore, « il n’est pas nécessaire de partir en voilier à l’autre bout du monde pour devenir un messager de l’hospitalité. Chacun peut l’être là où il se trouve, auprès d’un voisin qui traverse une épreuve, d’une personne isolée, d’un résident qui attend simplement une présence attentive. L’aventure de l’hospitalité commence souvent par ces gestes simples qui ouvrent une rencontre et redonnent un visage à l’autre. »

Une mission partagée

Cette journée de fête a été marquée par la joie de se retrouver en Famille hospitalière. Pour Frère Mathieu, cette communion reflète l’essentiel de la mission de l’Ordre aujourd’hui, à savoir « faire de l’hospitalité une réalité visible dans les relations, dans les décisions et dans l’attention constante portée aux personnes les plus fragiles. »

« L’hospitalité n’est pas un héritage à conserver sous vitrine, c’est une mission à faire vivre aujourd’hui, ensemble. » 

« Le thème de cette fête vient nous rappeler l’essentiel : nous ne sommes pas appelés à défendre des positions, mais à transmettre un esprit, a rappelé Frère Mathieu. Nous ne sommes pas réunis d’abord par des intérêts, mais par une mission ; nous ne tenons pas ensemble par simple organisation, mais parce que l’hospitalité et tous ceux qui l’ont portée avant nous nous précèdent et nous obligent. »

« Dans un monde en perpétuelle mutation, l’hospitalité doit rester notre boussole, notre étoile, notre ligne de conduite et notre raison d’être. Et si nous voulons en être vraiment les messagers, alors nous devons la rendre visible non seulement dans nos discours, mais aussi dans nos relations, dans notre manière de collaborer, dans notre façon de traverser les désaccords, dans notre souci constant de placer la personne fragile au centre de nos décisions et de nos vies. »

Un envoi en mission

La fête de Saint Jean de Dieu rappelle à chacun sa responsabilité dans la mission hospitalière, a conclu Frère Mathieu.

« Frères, Soeurs, collaborateurs, bénévoles, résidents et amis de l’Ordre sont appelés, chacun à leur place, à devenir des Messagers de l’hospitalité. » 

Et comme l’a rappelé Flore avec simplicité, « il suffit parfois d’un geste, d’une présence ou d’une parole pour que cette hospitalité devienne lumière dans la vie de quelqu’un. » 

Ce 8 mars, nous fêtons saint Jean de Dieu, inspirateur de notre Ordre hospitalier et de la Famille hospitalière. A cette occasion, communautés et établissements à travers le monde célèbrent celui qui est reconnu aujourd’hui comme saint patron des malades, du personnel soignant et des hôpitaux. Cette année, nous vivrons cette fête sous le thème des « Messagers de l’hospitalité », inspirés par cette famille qui fait le tour du monde à la voile de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu depuis maintenant deux ans. L’occasion de se poser avec Flore et Valentin, qui nous rappellent que nous sommes tous appelés à être Messager de l’hospitalité, où que nous soyons, quelles que soient nos capacités et nos fragilités. Et pas forcément sur un bateau autour du monde ! Journal de bord #7…

« N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. » Lettre aux Hébreux 13-2.

Nous ne sommes ni des héros de l’hospitalité, ni de grands aventuriers, peut-être de simples marins qui avons accepté l’aventure un peu folle d’aller à la rencontre de la grande Famille hospitalière sur notre chemin. Une route peuplée d’anges qui viennent chacun à leur manière nous bousculer et changer notre regard sur le monde.

Et qu’est-ce que l’aventure si ce n’est celle d’aller chaque jour vers l’autre, où que nous soyons et qui que nous soyons ?

Janvier 2024 – avec un peu de retard, à la suite d’une panne technique qui a retenu notre bateau Malo d’Eau aux Canaries, nous frappons à la porte du centre de santé mentale Dalal Xel de Thiès, au Sénégal. Frères, patients et collaborateurs nous y accueillent chaleureusement. D’abord un peu déroutés par cette proximité avec la maladie mentale que nous ne connaissons pas, nous sommes vite chamboulés et touchés par les liens qui se tissent avec les patients et leurs soignants. Notre petite fille Anna, du haut de ses 9 mois, qui se laisse encore facilement trimbaler de bras en bras, est un accélérateur de fraternité. Le masque de la maladie tombe pour laisser place à un visage, un corps et un cœur, avec son histoire, ses maux et ses rêves.

Du Sénégal nous ne parcourrons en deux ans que quelques kilomètres seulement. Mais c’est tout un pays que nous rencontrons au travers de ses résidents. A Thiès et à Fatik dans le Sine Saloum. Ils viennent de loin pour recevoir un traitement et les frères et soignants sont à l’œuvre jours et nuits pour tenter d’apporter un peu de soulagement à leur isolement. Ainsi qu’à leurs familles souvent un peu perdues aussi. De 7h à 14h, l’accueil des consultations de jour ne désemplit pas, l’hôpital de nuit se remplit selon les besoins, et le samedi l’équipe médicale part en consultation ambulatoire à travers le pays pour se rendre accessible à ceux qui ne peuvent se déplacer. Un dévouement constant et déroutant.

De retour en France pour quelques mois à l’été 2024, ce sont les anges du centre médico-social du Croisic qui nous prennent sous leurs ailes lors du premier forum de l’hospitalité auxquels nous sommes conviés. Le début d’une longue série de rencontres et d’échanges en visio dans la salle Oasis, qui porte bien son nom. On s’y rassemble à la source pour partager avec les résidents notre voyage, un goûter, une anecdote, écouter leurs histoires et leurs quotidiens qui nous rappellent que l’on peut échanger un morceau de vie avec chacun, partout où nous sommes, quelle que soit notre condition. Nous sommes profondément touchés par la fraternité et le souci de l’autre qui unis résidents, bénévoles, animateurs, frères et collaborateurs. Des héros de l’hospitalité au quotidien.

Emmanuelle, qui prenait tant de soin à garder contact avec nous pendant nos virées en mer, a pris son envol le jour de notre dernière visio, le 24 février 2026, laissant un grand vide derrière elle.

Nos rendez-vous au Centre Lecourbe à Paris et au Centre Hospitalier Dinan / Saint-Brieuc à quelques pas de chez nous en Bretagne ont la même saveur de fraternité et d’hospitalité. Une saveur exotique dans un monde trop souvent replié sur soi, engourdi dans le confort du quotidien et cristallisé par la peur de l’autre.

Ne sommes-nous pas tous appelés à être des messagers sans bateau ? Pour paraphraser Madeleine Delbrël dans son œuvre Missionnaires sans Bateau (1943). A sortir de nous-mêmes pour aller vers l’autre ? A apporter un peu de lumière là où le soleil s’est effacé ? « Le soleil il arrive » nous dit Anna tous les matins.

  • Messager vers… notre voisin qui n’a pas l’air bien ce matin.
  • Messager vers… cette personne avec qui l’on prend le temps de discuter un peu plus qu’à l’accoutumer.
  • Messager vers… cette foule qui nous fait un peu peur ou ce lieu que l’on n’a pas encore osé visiter.
  • Messager vers… cette proposition que l’on nous a faite qui nous semble insurmontable.

A l’approche de la fête de saint Jean de Dieu qui s’annonce du Croisic à Madagascar en passant par Paris et Marseille, aux couleurs des messagers de l’hospitalité, cet appel retentit d’autant plus fort. Et c’est chacun avec notre histoire, nos conditions de vies et nos moyens que nous pouvons oser y répondre. L’hospitalité ne déçoit pas. Mieux que cela, elle réfléchit la lumière et vous avez été nombreux à nous le témoigner ces deux dernières années.

À partir de ce samedi 28 février, nous entrons dans les neuf jours de prière qui nous conduisent à la fête de saint Jean de Dieu, célébrée le 8 mars. Cette neuvaine s’inscrit cette année dans un contexte particulier pour l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, à la suite du 105ᵉ Chapitre provincial de la province de France et de l’Océan Indien.

À l’issue de ce temps de discernement et d’élection, Frère Mathieu a été nommé nouveau provincial. Ce nouveau mandat est un moment important pour la vie de la province. Cette neuvaine sera ainsi aussi l’occasion de porter dans la prière les Frères, leurs missions et les orientations prises pour les années à venir.

Marcher à la suite de saint Jean de Dieu

Jean de Dieu (1495-1550), fondateur des Frères hospitaliers, est reconnu comme saint patron des malades, des hôpitaux et des soignants. Converti après une vie marquée par de nombreux bouleversements, il consacra son existence à l’accueil et au soin des plus pauvres et des malades à Grenade. Son témoignage demeure d’actualité, 500 ans après : voir dans chaque personne souffrante le visage du Christ et répondre par une hospitalité concrète, humble et inventive.

“Ensemble, soyons des messagers de l’hospitalité”

Le thème choisi pour la fête de cette année nous invite à vivre l’hospitalité non comme une notion abstraite, mais comme une attitude intérieure et un engagement quotidien. Dans un monde traversé par l’isolement, la fragilité et la maladie, nous sommes appelés à devenir, chacun à notre place au sein de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu, des messagers d’hospitalité et d’espérance.

Cette neuvaine, proposée sur la plateforme Hozana.org, nous permettra de nous unir à la mission d’hospitalité à laquelle nous sommes tous invités à la suite de saint Jean de Dieu, religieux et laïcs. Chaque jour, du 28 février au 8 mars, nous vous proposons une méditation. Nous confierons particulièrement les personnes malades, les soignants, aidants et familles, les œuvres de l’Ordre et ceux qui y vivent ou y travaillent, ainsi que la province de France et de l’Océan Indien, au début du mandat du nouveau gouvernement provincial, afin que l’Esprit Saint guide son service et fortifie les Frères dans leur mission.

Confiez vos intentions de prière

Chacun est invité à transmettre ses intentions de prière. Elles seront portées tout au long de ces neuf jours dans les communautés des Frères de la province. N’hésitez pas à les déposer en cliquant sur le lien ci-dessous👇

Déposer une intention de prière

Que cette neuvaine nous aide à grandir ensemble dans l’hospitalité et à devenir, là où nous sommes, de véritables messagers de l’hospitalité.

Après 2850 miles au compteur, 18 jours et 11h30 en mer, Flore et Valentin ont posé le pied à Tobago avec leur petite Anna, deux ans et demi. À bord de Malo d’Eau, ils viennent de franchir l’Atlantique, poursuivant leur tour du monde à la voile à la rencontre de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu, dans l’esprit des Messagers de l’Hospitalité. Journal de bord de Flore…

L’arrivée a la couleur des grandes premières fois : une île verte et montagneuse, des eaux mêlées de douceur et de sel, des sourires, des sound systems, des poissons grillés… Et, très vite, la vie ordinaire reprend ses droits : la lessive sur la jetée, comme un clin d’œil aux escales africaines. Le voyage continue, simplement, autrement.

Une traversée, trois membres d’équipage

Anna nous a impressionnés presqu’autant qu’elle nous a épuisés. Pétillante de vie. Un poisson dans l’océan, en corps à corps presque parfait avec Malo d’Eau, solidement ficelée dans son petit harnais. Imperturbable face au moindre mouvement du bateau. « Oh la vague ». La jubilation des petits riens dans la monotonie du quotidien. Les enfants se fondent dans le présent et nous narguent par leur spontanéité et leur adaptabilité.

Valentin en bon marin veille au grain et nous en avons essuyé quelques-uns. Il installe à bord, avec une ferme douceur, l’ordre et la routine, et dès les premiers miles, chacun trouve sa place, dans l’inconfort du quotidien. A son habitude, jamais la moindre plainte ou impatience ne sortent de sa bouche. Il s’enquiert volontiers des tâches les plus ingrates, dans la discrétion la plus totale ou avec ce brin d’humour qui lui va si bien.

De mon côté c’est un peu plus houleux. Comme cette mer qui m’a laissé un tantinet farineuse toute la traversée. Je claque mes humeurs et ma bonne humeur comme le spi qui part au lof et à l’abattée et m’enquiers vaillamment du ravitaillement des troupes. Chaque repas est une fête. Non pour leur contenu mais pour la joie de se remplir l’estomac en passant un bon moment tous les trois. Quelques mots échangés, deux trois nouilles renversées et boutades du moment mettent du baume au cœur pour le reste de la journée

Bénédictions et tempêtes

La mer donne et reprend. Un premier dimanche au coucher du soleil, une bonite mord à l’hameçon juste à l’heure du dîner. Un autre jour, une dorade coryphène se transforme en sushis. Et puis, la nuit, une vague plus grosse que les autres couche le bateau sur son flanc ; la cuisine valdingue, l’annexe et le moteur disparaissent. L’océan rappelle sa force, sans détour.

Lorsque l’empannage attendu arrive, l’action redonne de l’élan : Tobago est en vue. La fatigue est réelle, la vigilance constante. Mais l’essentiel demeure : la joie du chemin parcouru ensemble, le temps passé à reconnaître les animaux, cette complicité qui se tisse au fil des quarts.

Accoster pour mieux repartir

Dimanche 21 décembre. Derrière les montagnes verdoyantes de Tobago se devine un répit. Un repos relatif – la vie à terre aussi a ses fragilités – mais bienvenu. Et quel vrai repos sinon celui auquel on peut goûter au dedans de soi. Ce continent intérieur, ce morceau d’éternité où l’on se sent immensément aimé et vivant, bercé par le murmure de l’océan ou le brouhaha incessant de la terre. Un cœur à cœur avec l’infini qui nous attend partout si l’on veut bien déblayer un peu ses peurs et préjugés et écouter notre petite musique intérieure.

Merci la Vie ! ✨

Après plusieurs mois à terre, leur permettant de rendre visite aux centres de Dinan / Saint-Brieuc et du Croisic, Valentin, Flore et Anna, nos Messagers de l’Hospitalité, ont repris la mer ce 3 décembre avec Malo d’Eau leur bateau, depuis la Gambie. Direction Bélem au Brésil ou Trinidad-et-Tobago… Dans les deux cas, la traversée durera environ 20 jours et ils devraient toucher terre avant Noël. Retour sur une dernière visite aux résidents du Centre du Croisic, en attendant des nouvelles de leur traversée ! 

Le Croisic, 9 octobre 2025

« Chère Marie-Françoise. Me voilà bien arrivée chez moi. Merci pour votre accueil et nos beaux échanges avec les résidents aujourd’hui… ils viennent gonfler les voiles de Malo d’eau pour notre traversée… Chaque visite au centre du Croisic me convainc que sans l’hospitalité, un tel voyage aurait bien peu de saveur. Avec toute mon admiration et mon affection. A très bientôt. Flore. »
Envoyé à 20h55

« Une merveilleuse journée comme nous les aimons tant », me répond Marie-Françoise.

Au retour de ma visite au centre médico-social du Croisic, ces mots résonnent fort dans mon cœur rempli par cette journée aux saveurs d’aventure et de fraternité. L’aventure de nombreuses vies ; celles des résidents du Croisic qui, avec Benoit, Marie Françoise et les Frères, m’ont raconté leur année et les nombreux événements qui s’y sont passés.

Des larmes de joie

Les sourires défilent sur le grand écran de la salle Oasis. Je prends à mon tour le micro pour leur raconter notre hiver en bateau sur Malo d’Eau : du Sénégal au Cap Vert en passant par la Guinée Bissau avant de retourner en Gambie. Ces paysages et leurs visages sont presque familiers pour tous ceux qui nous ont suivi en visio sur le bateau. Nous partageons un goûter et un jus de bissap, bien connu de Abdu, un résident originaire de Thiès, au Sénégal, où nous avons visité les Frères cet hiver. Nous clôturons cette belle après-midi avec ceux qui le souhaitent par une discussion profonde et animée autour du thème de l’hospitalité.

Quelques chants accompagnés à la guitare par Frère Jean-Marie font couler des larmes de joie. Et toujours cette spontanéité déroutante qui me laisse percevoir en chacun d’eux un vrai sens de l’hospitalité. Je repars escortée par Sylvie jusqu’à ma voiture, aussi bien entourée que je l’ai été accueillie le midi dans le hall d’entrée, qui m’est devenu maintenant familier. Le cœur rempli. Quelques kilos de sourires et d’amitié à rajouter dans nos valises cette année. Valentin est alors embarqué sur le Belem comme lieutenant et il nous a fallu patienter jusqu’au 17 novembre pour retrouver Malo d’Eau, toujours à flots, en Gambie. Nous voilà désormais partis pour traverser l’Océan Atlantique. 20 jours de mer devraient nous permettre de rejoindre l’autre côté.

Départ le 3 décembre 2025

L’équipage s’active à bord. Il faut vérifier l’état du gréement, monter au mât pour y passer quelques câbles, gratter la coque pour ne pas être ralentis par la culture d’algues qui s’est formée pendant notre absence, réparer les fuites, remplir les réservoirs d’eau à coup de nombreux bidons, faire l’inventaire des placards et s’assurer de pouvoir nourrir les troupes pendant trois semaines. Sans oublier la crèche en papier et quelques décorations de Noël pour illuminer notre traversée. Si tout se passe bien, nous devrions toucher terre la veille de la Nativité. Reste à savoir vers quel cap nous allons pointer notre étrave. Nous attendons le planning 2026 de Valentin pour envisager ou non une escale à Belém, au Brésil. Un voyage nous invite toujours à l’abandon, et bien que ponctuée d’incertitudes, le soleil se lèvera toujours du même côté pendant notre traversée.

➡️Vous pouvez suivre la traversée de l’Atlantique de nos Messagers de l’Hospitalité en direct ! 

 

Des retrouvailles à Thiès…

Après quelques mois de tribulations entre la Gambie, le Cap Vert et la Guinée Bissau, nous retrouvons la baie de Hann au Sénégal, près de Dakar, où nous avions fait escale l’année passée. L’occasion pour Malo d’Eau de se refaire une beauté sous la coque. Nous retenons notre souffle pendant la sortie d’eau assurée par nos amis locaux à l’aide d’un simple chariot à roulette tiré par un câble depuis la plage. Mais c’est sans incident que Malo d’Eau laisse apparaître son gros flan qui nous sert de maison et le capitaine peut démarrer dès sa sortie quelques travaux de maintenance et barbouiller la coque d’antifouling pour les prochains mois.

Laissant place au chantier, nous grimpons avec Anna dans un bus qui nous conduit jusqu’à Thiès au centre de santé mentale Dalal Xel où nous étions en visite l’année dernière. Nous arrivons un peu comme à la maison, accueillies par Frère André qui a repris la direction du centre en début d’année. Nous partageons le quotidien des frères et passons avec Anna nos matinées en compagnie des patients hospitalisés, de l’animateur et des collaborateurs.

Et toujours ce sentiment déroutant à notre arrivée de ne pas savoir par où commencer… Sans compétence médicale, nous n’avons que nos mains pour saluer et nos cœurs pour parler, en silence parfois. « J’étais malade, et vous m’avez visité » (Mt 25,36) me rappelle mon ami Joachim Malik, l’animateur avec qui nous passons une première matinée de retrouvailles et de rencontre en musique avec les patients. La mission reprend tout son sens, et ce sont les patients eux-mêmes qui nous guident, spontanés et chaleureux, avec chacun une histoire à nous raconter, la leur.

L’après-midi nous partons avec Anna au marché central de Thiès acheter des perles, de la peinture et une paire de chaussures pour Anna qui grandit vite. Avec l’aide des stagiaires de la croix rouge et de Joseph, un futur postulant en expérience communautaire, les patients confectionnent des bracelets et portes clés à distribuer à la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu au cours de notre voyage, ainsi qu’une peinture des Messagers de l’Hospitalité où chacun laissera l’empreinte d’une main.

Vendredi matin, la salle d’ergothérapie où nous sommes installés avec quelques patients, résonne des acclamations enthousiastes des résidents du centre du Croisic avec qui nous sommes en visio. Un joyeux moment de partage et d’hospitalité au-delà des frontières, au cours duquel patients et résidents ont pu échanger sur leur quotidien et activités.

Samedi nous partons avec Suzanne, l’assistante sociale, Frère Dominique, infirmier spécialisé, le docteur et d’autres collaborateurs pour une matinée de consultations dans la cour de l’école du village de Bambay, situé à quelques heures de route. Chaque samedi, une équipe du centre assure un service de consultations ambulantes en santé mentale dans les villages reculés. Les patients sont nombreux au rendez-vous et après quelques minutes de sensibilisation, démarrent les consultations. Quelques mots partagés et sourires échangés ponctuent cette matinée d’attente avec les patients sous un soleil brûlant.

… A la conquête du Sine Saloum

Bien tassées à l’arrière d’une vieille Toyota 7 places qui semble tout droit sortie de la casse, nous reprenons la route avec Anna, en « blablacar » local, direction Foundiougne aux abords du fleuve Sine Saloum. Valentin nous y rejoint avec Malo d’Eau, tout beau. Nous sommes à quelques kilomètres du centre de santé mentale Dalal Xel de Fatick où nous accueillent Frère Léopold, directeur du centre, Frère Patrice, qui suit ses études là-bas et Frère Jean, au repos après une longue ‘carrière’ au sein de la famille hospitalière – un vrai grand-père pour Anna.

Nous nouons rapidement contact avec les collaborateurs qui œuvrent ici aussi avec beaucoup de charité et d’inventivité auprès des patients hospitalisés. Notre passage perturbe la routine du quotidien, et l’approche de la fête de saint Jean de Dieu est l’occasion de consacrer une matinée avec eux à une brève présentation de la vie du fondateur de l’Ordre hospitalier, suivie d’un échange en petits groupes sur le thème de l’hospitalité. Quelle joie de voir les visages s’illuminer à l’écoute de la vie de ce grand saint, auquel certains peuvent s’identifier !

La grande fête du 8 mars qui se prépare activement au sein du centre, est l’occasion pour nous de mieux connaître encore cet aventurier de l’hospitalité dont l’héritage nous unis chaque jour un peu plus à la grande famille hospitalière.  Mais il est (déjà !) temps de repartir en Gambie pour hiverner Malo d’Eau que nous laisserons à nouveau plusieurs mois pendant notre retour en France.

Dernière escale au Togo !

C’est à l’hôpital général d’Afagnan, au Togo, que nous faisons une dernière escale africaine (par les airs) après avoir laissé Malo d’Eau solidement amarré à sa bouée. Nous déambulons joyeusement dans les différents services, de la chirurgie à la médecine générale, en passant par la pharmacie, avec une Anna tout particulièrement présente à la maternité pour « voir les bébés » et à la petite école de la pédiatrie.

Nous voilà tantôt à l’œuvre en cuisine avec Sœur Judith pour faire découvrir à nos hôtes les huîtres rapportées de Gambie, éponge en main pour donner un petit coup de main (surtout Valentin !), ou tout simplement présents au milieu des patients et de leurs accompagnants. Les familles, nombreuses au chevet de leurs malades, assurent ici le rôle des aides-soignants. Quelle belle manière de découvrir un pays au travers de rencontres et de moments simples du quotidien partagés avec ses habitants !

Après un dernier repas partagé avec les frères, nous repartons le cœur gonflé, heureux de retrouver nos proches pour quelques mois, et désireux de partager ces beaux moments de vive voix.

Après quelques semaines de mission au Sénégal, Flore et Valentin poursuivent leur aventure, direction le Togo. Quelques nouvelles du bord et de leur passage dans les centres et communautés Saint Jean de Dieu de Fatick et Thiès…
Après notre passage à Thiès, nous nous sommes rejoints à Foundiougne dans le fleuve Sine Saloum avec Valentin pour nous rendre tous les trois au centre de santé mentale Dalal Xel de Fatick. Nous avons été chaleureusement accueillis par Frère Léopold, directeur du centre, Frère Jean et Frère Patrice, qui suit ses études là-bas. Frère Jean, qui est au repos après une longue ‘carrière’ dans la famille hospitalière, a été un vrai grand-père pour Anna.
Nous avons passé plusieurs matinées avec les patients et collaborateurs qui œuvrent avec beaucoup de charité et d’inventivité auprès des patients hospitalisés, malgré le peu de moyens dont ils disposent sur place. Notre passage perturbe la routine du quotidien et l’approche de la saint Jean de Dieu fut l’occasion de consacrer notre dernière matinée avec eux à une présentation de la vie du saint et un échange en petits groupes sur le thème de l’hospitalité. Quelle joie de voir les visages s’illuminer à l’écoute de la vie de ce grand saint et les échanges fuser !
Aujourd’hui, 8 mars, les deux centres de Thiès et Fatick sont en fête, et nous vous souhaitons de vivre au sein de chacun de vos établissements un beau moment de joie et de fraternité.
Nous faisons route ce weekend vers la Gambie pour aller hiverner le bateau là-bas plusieurs mois pendant notre retour en France prévu début avril. Avant notre départ nous irons passer quelques jours à la rencontre des frères et collaborateurs de l’hôpital d’Afagnan au Togo.
Nous souhaitons à tous les frères, sœurs, patients et collaborateurs de la grande famille hospitalière une très belle fête de la Saint Jean de Dieu ! Que cet aventurier de l’hospitalité continue de vous inspirer et de vous protéger dans vos missions et dans vos métiers.
Bien fraternellement, vos messagers,
 
Valentin, Anna et Flore

Il y a près de 10 ans je filais sac sur le dos à l’autre bout de la planète à la rencontre d’hommes et de femmes engagés au sein de leurs communautés dans des initiatives positives en faveur de l’environnement. Je me souviens de Valentin mon compagnon à l’époque et mari aujourd’hui, questionner le sens de ce projet à peu près en ces termes : « A quoi bon sillonner la planète pour parler d’écologie quand celle-ci doit faire partie intégrante de notre vie ? »

Nous n’avons eu de cesse depuis de tenter de ralentir et simplifier notre mode de vie et notre rapport au monde. Nous voilà 10 ans plus tard heureux résidents à temps partiel de notre voilier Malo d’Eau. Une coque en plastique me direz-vous, qui bien souvent se gave de quelques litres d’essence pour nous faire avancer. Nous ne sommes évidemment pas sans laisser quelque empreinte dans notre sillage et sommes très vite confrontés à nos propres déchets et au peu de possibilités qui s’offrent à nous pour nous en séparer intelligemment. Loin d’être une fin en soi, cette vie à bord nous invite pourtant joyeusement au dénuement et à la simplicité, à la contemplation et au ralentissement. Une sorte de laboratoire du Do it yourself. Une recyclerie flottante, même si l’on sait qu’un jour Malo d’eau lui aussi finira à la déchetterie.

C’est d’abord notre rapport à l’environnement et la manière dont nous consommons le monde qui sont totalement modifiés et simplifiés. Bien qu’incapables d’aller chasser notre gibier comme nos anciens ou de nous suffire de nos maigres pêches, nous tâchons de redoubler d’ingéniosité et de privations pour tendre vers le zéro déchet, tout en nous accommodant volontiers de quelques réassorts au supermarché. Rationnés en eau et en électricité et privés des technologies modernes qui visent (soi-disant) à nous faire gagner du temps, on apprécie en réalité de s’atteler aux tâches du quotidien au rythme du corps humain. Une activité par demi-journée c’est le quota imposé. Et quelle joie de partager cette demi-journée de lessive autour du puit du village, à papoter avec les habitants et se faire charrier sur nos piètres compétences ménagères !

Nous n’irons pas blâmer nos hôtes qui pour certains, face à la dureté et la monotonie du quotidien, convoitent les technologies modernes et nos multiples sources de divertissement. Mais quel en est le prix à payer si ce n’est la richesse des rapports humains ? La vie en mer vient réajuster l’homme à son environnement et à ses pairs. Propulsés dans le Grand Tout, à la vitesse moyenne hallucinante de 5 mille nautiques heure, on se laisse volontiers remplir d’une joyeuse paix intérieure que l’on retransmet en abondance au monde extérieur.

Si le bateau ne peut se vanter d’être l’unique lieu de conversion des cœurs et de la sobriété heureuse, il en est certainement un accélérateur.

Suivez les aventures de Flore et Valentin en cliquant ici ! 

Cette initiative veut témoigner de la beauté de l’hospitalité et créer des ponts entre les centres et communautés Saint Jean de Dieu de France et d’ailleurs.

Voilà déjà plus de 6 mois que Malo d’Eau se laisse bercer sur les eaux du fleuve Gambie, bien amarré à sa bouée, sous l’œil attentif de nos amis locaux, attendant sagement le retour de ses messagers…

Quelles bonnes nouvelles de France vont-ils revenir lui conter ?

C’est d’abord à la réfection de la caisse de bord que nous nous sommes attelés ; et en Bretagne, lorsque l’on travaille au rythme des saisons, les beaux jours sont comptés, il ne s’agit pas de chômer. Flore a relancé l’activité de location de bateaux sur la Rance, tandis que Valentin, pour ne pas risquer de perdre le pied marin, a embarqué pendant plusieurs mois comme lieutenant sur un vieux grément.

Puis c’est au centre médico-social du Croisic que nous avons fait escale au début du mois de septembre 2024 pour venir témoigner à la première édition du forum de l’hospitalité, une belle rencontre orchestrée par l’équipe de l’Ordre de Saint-Jean de Dieu et les frères. Nous y sommes joyeusement accueillis par Sylvie qui a garé son fauteuil pour nous juste devant l’entrée en attendant notre arrivée. A quelques pas de la mer, les places sont chères.

Les portes du centre s’ouvrent et les masques tombent : celui du handicap d’abord. Bien au-delà de la souffrance et des apparences, ce sont des personnes que nous rencontrons et auxquelles nous tentons d’associer un prénom, un trait de personnalité. Un sourire, un regard, une poignée de main serrée, une vanne lancée à la volée, tous les moyens sont bons pour sceller une amitié qui nous liera pendant ces deux journées. Couloir après couloir, ils nous font visiter leur maison. Ici, les résidents sont libres de circuler et on se salue à chaque coin de rue.  Marie, archiviste de l’Ordre de Saint-Jean de Dieu, nous en dit un peu plus sur cet aventurier de l’hospitalité qui a tout quitté pour redonner un peu de dignité aux plus fragilisés. Quelques centaines d’année après lui, le décor et les fauteuils se sont modernisés, mais le carburant qui continue de faire avancer cette grande famille de l’hospitalité reste le même : celui de la bienveillance. Nous vibrons à l’unissons avec eux, résidents, soignants, dirigeants, frères et bénévoles, heureux de partager un repas, puis un goûter, quelques photos de notre traversée vers le Sénégal, une partie de Boccia endiablée et un atelier de jeux de société. Nous sommes bousculés par cette joie débordante et attendris par cette chaleur humaine qui émane au cœur même d’une vie en collectivité pas toujours facile à gérer. Nous repartons les bras chargés de notre cœur de l’Hospitalité en LEGO… une passion transmise aux résidents par Marie-Françoise, leur bénévole en chef et maman dévouée qui semble connaitre les moindres recoins de leurs quotidiens.

De port en port, ce sont des visages que nous imprimons, des souffrances que nous devinons et des grands moments de joie que nous partageons. Avant de rejoindre Malo d’Eau en Gambie le 13 novembre, nous sommes attendus au Centre Hospitalier Dinan – Saint-Brieuc auprès des sœurs, des soignants et des résidents du service Emmanuel pour partager avec eux un gouter et leur remettre les bracelets confectionnés en janvier dernier par les patients du centre Dalal Xel de Thiès, au Sénégal. Des liens forts qui se tissent au-delà des océans.