À l’occasion des dix ans du Centre hospitalier psychiatrique Saint Benoît Menni d’Imerintsiatosika, à Madagascar, Michel Rakotoarisoa revient sur son parcours au sein de l’établissement. Présent dès les premières années du chantier, puis premier salarié recruté par les Frères de Saint Jean de Dieu, il est aujourd’hui responsable logistique et technique. Dix années au cours desquelles il a découvert une autre manière d’accueillir les personnes souffrant de troubles psychiques et profondément transformé son regard sur l’autre.

Une histoire commencée avant l’ouverture du centre

Mon histoire avec le Centre hospitalier psychiatrique (CHP) Saint-Benoît-Menni a commencé bien avant son ouverture. Dès 2012, j’ai participé, en tant que chef électricien au sein d’une entreprise, aux travaux d’installation électrique de cet établissement alors encore en construction.

À la fin de l’année 2015, alors que les travaux touchaient à leur fin, mon entreprise a cessé ses activités. J’ai alors saisi l’occasion de présenter ma candidature auprès des Frères de Saint Jean de Dieu et j’ai eu la chance de devenir le premier salarié recruté par le CHP.

Avec deux équipes, j’ai participé à l’achèvement des installations électriques et des derniers travaux jusqu’à l’ouverture de l’hôpital, en 2016.

Au début, je me demandais quel avenir aurait ce nouvel établissement parmi les grands hôpitaux déjà présents à Madagascar. Mais, au fil du temps, j’ai découvert sa véritable force, qui réside dans une autre manière d’accueillir et d’accompagner les personnes qui viennent y chercher des soins.

Une autre manière d’accueillir les personnes

Au CHP, les personnes accueillies ne viennent pas seulement pour recevoir des soins. Elles sont accueillies avec confiance et dignité. Elles vivent avec nous, avec leurs familles accompagnatrices et entre elles, dans un esprit qui nous conduit progressivement à former une véritable famille.

Chacun bénéficie de la même attention, du même suivi, des mêmes soins, des repas et des activités, quelles que soient ses conditions de vie, ses croyances ou ses origines.

Cette expérience a profondément changé mon regard sur la santé mentale. Avant d’arriver au CHP, je connaissais surtout le monde des chantiers et je n’avais jamais été en contact avec des personnes souffrant de troubles mentaux.

J’avais certaines appréhensions. Je me demandais comment j’allais pouvoir vivre et travailler dans ce centre, auprès de personnes dont je connaissais si peu la réalité quotidienne.

Grâce aux formations, mais surtout à l’expérience de chaque jour, j’ai compris que nous pouvons tous vivre ensemble malgré nos différences et nos fragilités, avec respect, dignité et fraternité.

Une véritable école d’humilité

Aujourd’hui, en tant que responsable logistique et technique, et à travers mon expérience au CHP ainsi qu’au sein des communautés des Frères, je découvre toujours davantage la richesse de cette mission.

Je constate que les œuvres, les formations et les activités des Frères, des collaborateurs laïcs et des jeunes en formation poursuivent toutes un même objectif. Il s’agit d’apprendre à accueillir, accompagner et servir les personnes qui nous sont confiées, particulièrement les plus pauvres et celles qui vivent des situations de fragilité sociale.

Pour moi, c’est aussi une véritable école d’humilité.

Au service des personnes accueillies, notre fonction, notre diplôme ou notre position hiérarchique ne doivent pas définir notre valeur. Que l’on soit supérieur, directeur, responsable de service ou simple agent, nous sommes tous au service d’une même mission, celle de veiller au bien-être, à la dignité et au respect des personnes que nous accueillons.

Cette conviction a progressivement transformé ma manière de travailler, mais aussi ma manière de considérer les autres.

« Ce n’est plus seulement mon lieu de travail »

En regardant le chemin parcouru pendant ces dix années d’existence, je peux dire que le CHP a grandi et que j’ai grandi avec lui, tant professionnellement qu’humainement.

Ce qui me rend particulièrement fier, c’est de constater que l’établissement est aujourd’hui reconnu dans de nombreuses régions de Madagascar, et même au-delà de nos frontières, pour la qualité de son accueil et de son accompagnement.

En célébrant cet anniversaire, je ressens une profonde reconnaissance envers la communauté des Frères de Saint Jean de Dieu, mes collègues et toutes les personnes qui ont contribué à cette belle histoire.

Pour moi, le CHP n’est plus seulement un lieu de travail. C’est une maison qui m’a appris à regarder l’autre autrement, à servir avec humilité et à comprendre que, malgré nos différences de fonction, de situation ou de parcours, nous sommes avant tout réunis autour d’une même mission : être au service de l’être humain.

C’est avec une profonde tristesse que la Province Saint Jean-Baptiste de France et de l’Océan Indien annonce le décès de Frère Olivier Bonnaud, survenu le 6 août 2026, à l’âge de 90 ans.

Originaire du diocèse de La Rochelle, Frère Olivier a consacré sa vie au service des malades et de l’Évangile. Il avait célébré le 26 avril dernier le 59ᵉ anniversaire de sa profession religieuse et aurait eu 91 ans le 27 août prochain.

Tout au long de sa vie, il s’est donné avec fidélité et générosité à la mission de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu. Il a exercé de nombreuses responsabilités au sein de la Province, notamment celle de supérieur provincial, de 1992 à 2004.

Ceux qui l’ont connu gardent le souvenir d’un frère profondément engagé, dévoué et fidèle à sa vocation hospitalière. C’est lui notamment qui, en 1975 alors prieur de la maison de La Réunion, sera le premier Frère à se rendre à l’île Maurice, où la communauté naîtra un an plus tard, il y a exactement 50 ans !

Nous rendons grâce au Seigneur pour la richesse de sa vie, pour son témoignage et pour tout ce qu’il a donné au service de ses frères, des personnes malades et de la mission.

Frère Olivier reposera à la communauté Notre-Dame de Charité à partir du samedi 8 août, afin que chacun puisse venir lui rendre un dernier hommage.

Ses obsèques seront célébrées le lundi 10 août 2026 à 10 h, en la chapelle Notre-Dame de Charité du Centre Médico-Social Lecourbe, 205 rue Lecourbe, 75015 Paris.

En communion avec Frère Mathieu Sisahaye, supérieur provincial, les Frères de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, sa famille et ses proches, nous le confions à vos prières et à la miséricorde du Seigneur.

50 ans après ses premiers vœux, Frère Bernard Thibault relit son parcours avec humilité et simplicité. Alors que, jeune, il se destinait « à se marier et à gagner de l’argent », la Providence en a voulu autrement. Aujourd’hui, il rend grâce pour cette vie donnée avec et pour les autres.

« Au début, on ne s’en rend pas compte, mais après coup, on s’aperçoit qu’on reçoit plus que l’on donne. Ça inverse les choses. Le “je reçois” devient plus fort que le “je donne”. »

Cette découverte, Frère Bernard ne l’a pas faite dans les livres. Il l’a apprise au contact des autres. Des frères plus anciens, d’abord, qui l’ont marqué par leur manière de vivre. Des enfants en difficulté à Nantes, ensuite, où il est envoyé après ses premiers vœux. Lui qui avait commencé sa vie professionnelle dans le travail manuel se retrouve alors à diriger un service de cinquante-cinq enfants. Une première école de l’hospitalité, rude, mais décisive.

Puis vient l’Océan indien. En 1984, le provincial lui propose de partir à Rodrigues, qui reste l’une de ses missions les plus fortes. La surprise est grande, mais Frère Bernard accepte, confiant. « Ça n’a pas été simple au début. Il m’a fallu un temps d’adaptation, un temps pour faire avec. » Cette expression lui est restée. Faire avec. Avec une autre culture, une autre langue, une autre manière de vivre. Avec les gens, aussi, au lieu de seulement faire pour eux.

À Rodrigues, puis à La Réunion, à l’île Maurice et à Madagascar, il découvre une hospitalité plus simple, plus directe, parfois moins enfermée dans un carcan institutionnel qu’en France. « Aller vers les gens, c’est une autre manière de vivre l’hospitalité, très riche. » Là-bas, il apprend que le charisme de saint Jean de Dieu « ne nous appartient pas. » « L’hospitalité est pour tous les peuples et toutes les religions. On apprend les uns des autres, à condition d’être prêt à s’ouvrir à la différence de l’autre. »

C’est peut-être ce que ces années missionnaires lui ont le plus enseigné : « ne pas arriver avec ses certitudes, mais accepter de recevoir. » « Ce qui me plaît chez Jean de Dieu, c’est qu’il n’a rien imposé. Il a donné gratuitement, il a fait avec les autres et pour les autres. »

Depuis son retour de l’Océan indien en 2015, Frère Bernard vit à Marseille, au service des frères aînés. Une mission plus discrète, mais à laquelle il reste profondément attaché. Là encore, il s’agit de faire avec. Avec le vieillissement, avec la fragilité, avec le quotidien, avec ce que l’on ne maîtrise pas toujours.

À l’heure de regarder l’avenir, il ne cache pas ses inquiétudes. « Il y a forcément un doute quand on n’a pas de successeur et que l’on ne se sent plus vraiment à notre place au sein d’une institution qui a ses propres enjeux, parfois différents des nôtres. Mais l’avenir ne nous appartient pas davantage que l’hospitalité. L’avenir appartient à Dieu seul. L’hospitalité, il y en aura toujours besoin, mais il faudra la repenser autrement. »

Pour lui, les jeunes d’aujourd’hui ne seront pas attirés par un frère installé derrière un bureau. « Ils ont besoin de voir des hommes capables d’aller vers ceux qui sont mis à l’écart, de vivre en petites communautés, de partager simplement la vie des autres. »

Fère Bernard porte un regard reconnaissant sur ses cinquante ans de vie religieuse. « Je rends grâce pour tout ce que j’ai reçu de mes confrères, des malades, des enfants, des cultures rencontrées. » Il reconnaît aussi ses propres maladresses, comme on relit une vie avec lucidité, sans chercher à tout embellir.

« L’essentiel est de continuer à transmettre l’amour de Dieu là où nous sommes, chacun. L’hospitalité nous dépasse, nous ne sommes que des passeurs fragiles qui témoignons par nos vies simples, offertes, capables d’aimer sans imposer. »

À l’occasion de la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, patron de la Province de France, Frère Mathieu Sisahaye invite toute la Famille hospitalière à entrer avec courage dans le processus de transformation engagé. Une transformation qui ne se limite pas aux structures, mais constitue d’abord un chemin spirituel de dépouillement, de discernement et de fidélité au charisme de l’hospitalité.

Dans une lettre adressée le 24 juin 2026 aux Frères, aux collaborateurs et aux amis de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu, Frère Mathieu, supérieur provincial, propose de relire le temps présent à la lumière de la figure de saint Jean-Baptiste.

Une parole de l’Évangile traverse toute cette méditation : « Il faut qu’il croisse, et que je diminue » (Jn 3, 30). Cette parole, souligne Frère Mathieu, ne doit pas être comprise comme une simple invitation à la modestie. Elle exprime le mouvement profond de toute vocation chrétienne : laisser davantage de place au Christ, jusque dans nos manières de vivre, de gouverner et d’accomplir la mission.

Ouvrir le passage

Jean-Baptiste n’a jamais cherché à occuper le centre. Il prépare la venue du Christ, le désigne, puis accepte de se retirer.

« Il est le Précurseur : non pas celui qui occupe le centre, mais celui qui ouvre le passage », écrit le Provincial.

Cette attitude éclaire directement la période que traverse aujourd’hui la Province Saint Jean-Baptiste de France. La transformation engagée ne peut en effet se réduire à une modification des organigrammes, à une redistribution des responsabilités ou à une évolution des structures.

« Entrer dans le processus de transformation de notre Province n’est donc pas une simple injonction administrative. C’est accepter, à la manière de Jean-Baptiste, que quelque chose diminue en nous pour que le Christ croisse davantage dans notre mission. C’est consentir à perdre un peu de maîtrise pour gagner en disponibilité. C’est laisser s’effacer certaines sécurités pour que l’hospitalité retrouve son audace. C’est croire que la petitesse évangélique n’appauvrit pas la mission, mais la rend plus transparente. »

La voix au service de la Parole

La lettre rappelle par ailleurs que Jean-Baptiste est la voix, tandis que le Christ est la Parole. Cette image permet de relire la place des institutions, des maisons, des œuvres, des responsabilités et des modes d’organisation de l’Ordre. Toutes ces réalités sont une voix. Elles ne trouvent leur sens que dans leur capacité à rendre audible la Parole qu’elles portent, à savoir le charisme de l’hospitalité.

Ce charisme, reçu de l’Esprit et incarné de manière singulière par saint Jean de Dieu, appelle à se tenir auprès « des pauvres, des malades et des blessés de la vie ».

« Lorsque la voix devient trop lourde, trop obscure, trop centrée sur elle même, elle ne transmet plus ; elle couvre. Alors la fidélité ne consiste pas à conserver la voix telle qu’elle a toujours été, mais à la purifier pour qu’elle porte à nouveau la Parole ». 

Changer par fidélité

La lettre invite ainsi à dépasser la tentation du « on a toujours fait ainsi », dénoncée par le pape François. Une habitude peut avoir été féconde à une époque et ne plus répondre pleinement aux besoins du présent. La tradition chrétienne n’est pas une répétition immobile. Elle donne au contraire les ressources nécessaires pour regarder les réalités nouvelles, les discerner et y répondre avec audace.

Pour la Famille hospitalière, l’enjeu est « de rendre visible aujourd’hui le visage compatissant et miséricordieux du Christ auprès des personnes pauvres, malades, âgées ou isolées, des familles éprouvées, des collaborateurs en recherche de sens et de toutes les personnes laissées sans solution ». C’est à partir de cette question que les formes communautaires, administratives et apostoliques doivent être évaluées.

« La fidélité véritable n’a jamais été la peur de changer ; elle est le courage de discerner ce qui doit changer pour que l’essentiel demeure vivant », affirme Frère Mathieu.

Une hospitalité renouvelée

Le processus de transformation de la Province comme un appel à retrouver l’audace propre au charisme hospitalier. À la suite de Jean-Baptiste, il s’agit d’accepter qu’une part de maîtrise, de sécurité ou d’habitude puisse diminuer afin que le Christ prenne davantage de place dans la mission.

Frère Mathieu invite ainsi toute la Famille hospitalière à devenir une « Province précurseur » ; une Province qui ne soit pas tournée vers elle-même, mais qui prépare les chemins du Seigneur ; une Province moins attachée à sa propre voix qu’à la Parole qu’elle doit transmettre.

La transformation pourra alors devenir bien davantage qu’une réforme, « un acte de foi, une conversion commune, une hospitalité renouvelée ».

En cette fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, la Province est ainsi invitée à confier son avenir à l’intercession de son saint patron, afin qu’il lui apprenne à préparer les chemins du Seigneur « avec courage, simplicité et joie ».

« L’hospitalité commence lorsque l’on accepte de s’adapter et de se mettre au service de l’autre. » Cette phrase pourrait servir de boussole au parcours de Mickaël Rakotomalala, 28 ans, qui accompagne depuis 2021 le développement des projets de la province de France de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu dans l’Océan indien. Ingénieur de formation, Mickaël Rakotomalala met son expertise technique au service de projets complexes, veillant à ce que chaque structure soit à la fois solide dans sa réalisation et fidèle à sa vocation humaine.

Au-delà d’une fonction, le jeune malgache récemment marié se définit d’abord par une place trouvée. Celle d’un collaborateur engagé, qui a accepté de se laisser transformer par la mission. “Je ne vais pas là où c’est facile, je vais là où l’hospitalité est attendue”, confie-t-il. Le témoignage des Frères hospitaliers et de saint Jean de Dieu guide son action quotidienne et donne cohérence à son engagement.

Une mission concrète, au service de l’hospitalité

Son ouverture à l’international l’a conduit à apprendre avec humilité des autres, des bonnes pratiques découvertes ailleurs, et ainsi à ne pas imposer des solutions. À Madagascar comme à Maurice, il avance au rythme des rencontres, convaincu que l’interculturel est une école permanente. “On ne vient pas pour faire à la place des autres, mais pour agir ensemble et coconstruire des réponses adaptées.” Chaque contexte devient ainsi un lieu d’apprentissage et un appel à ajuster les réponses.

Ce qui le fait tenir ? La mission hospitalière elle-même : servir les plus vulnérables, reconnaître une dignité souvent mise à mal et marcher dans la fraternité avec les frères. “On tient dans la durée parce qu’on ne marche jamais seul”, dit-il simplement.

Faire de chaque projet une véritable maison

Dans l’Océan indien, Mickaël pilote les projets de leur conception à la mise en exploitation, en coordonnant études, budgétisation, partenaires et suivi de réalisation, dans le respect des standards internationaux et des réalités locales. Qu’il s’agisse du Refuge Bienheureuse Victoire à Madagascar (cf. page 13), du complexe médico-social du Foyer Père Laval à Port-Louis, de la maison répit à Port-Praslin ou de la remise aux normes de l’Hospice Saint Jean de Dieu à Pamplemousses, il veille à ce que chaque projet allie qualité technique et humanité.

Pour lui, un projet ne se mesure jamais seulement en mètres carrés : “Une structure n’a de sens que si elle devient, pour celui qui souffre, une véritable maison.” Structurer, sécuriser, innover sont essentiels, mais toujours sans perdre l’âme : celle du charisme de saint Jean de Dieu.

Dans une même fraternité

Le travail aux côtés des frères et des équipes locales se vit dans le dialogue et le discernement. “Cette fraternité, nourrie par l’intelligence collective, la prière et l’entraide, permet de traverser la pression, l’exigence du terrain et les réalités humaines complexes. Le terrain rappelle que l’hospitalité n’est jamais acquise : elle se choisit chaque jour, dans la rencontre avec la fragilité et la dignité des personnes.”

Ce qui touche profondément Mickaël dans le charisme de l’Ordre ? C’est cette miséricorde vécue concrètement : une miséricorde qui ne juge pas, qui prend le temps et qui se laisse toucher par la souffrance de l’autre.

Une espérance enracinée

Fidélité et audace, tels sont les enjeux pour l’Ordre dans l’Océan indien. Pérenniser les œuvres, former les équipes, inventer des réponses nouvelles face à des fragilités toujours plus complexes. L’espérance de Mickaël se nourrit de la vitalité des collaborateurs, de la confiance des frères et de la force d’un charisme qui traverse le temps sans perdre son actualité malgré les vicissitudes d’une région qui souffre.

S’il devait résumer son engagement, il dirait simplement : “Contribuer, avec fidélité à être au service des personnes les plus fragiles.”

Du 20 au 26 avril, les Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu et les Sœurs hospitalières du Sacré-Cœur de Jésus s’unissent pour proposer une nouvelle édition de la Semaine de prière pour les vocations hospitalières, en communion avec l’Eglise universelle. Durant sept jours, toute la Famille hospitalière est invitée à se rassembler dans la prière afin de demander au Seigneur de susciter des vocations au service de l’Église et des plus fragiles.

Cette année, le thème retenu est : « Témoins, donc missionnaires d’hospitalité », inspiré du message du pape Léon XIV pour la 40e Journée mondiale de la jeunesse. Un appel clair à redécouvrir que toute vocation naît d’une rencontre vivante avec le Christ et se déploie dans la mission, au cœur du monde.

Le document préparé pour cette semaine puise dans l’héritage spirituel de saint Jean de Dieu et de saint Benoît Menni. Il rassemble aussi des témoignages venus de plusieurs pays : frères, sœurs, jeunes en formation, collaborateurs et membres des œuvres hospitalières partagent ce qu’ils vivent au quotidien. Joie du service, fraternité, croix, humilité, pardon, paix : autant de chemins concrets où Dieu continue d’appeler aujourd’hui.

Nous vous proposons chaque jour, sur nos réseaux sociaux, un rendez-vous tout au long de la semaine :

  • un extrait du message du pape Léon XIV ;
  • un témoignage venu d’un établissement hospitalier Saint Jean de Dieu dans le monde ;
  • une prière pour les vocations.

À travers cette initiative, chacun est invité à porter un regard renouvelé sur la vocation : non comme une réalité réservée à quelques-uns, mais comme une réponse généreuse à l’appel de Dieu, là où nous sommes. Dans un monde souvent marqué par l’isolement, la souffrance ou l’incertitude, la vocation hospitalière rappelle que la compassion, la proximité et le soin sont plus que jamais nécessaires. L’Église a besoin d’hommes et de femmes prêts à faire de leur vie un signe d’espérance.

Prière pour les vocations

Père miséricordieux,
Toi qui nous soutiens sans cesse par les dons de ton Esprit,
Accorde-nous des communautés chrétiennes vivantes, ferventes et joyeuses,
Qui soient témoins de la vie fraternelle, du pardon et de la paix
Et qui éveillent chez les jeunes
Le désir d’être témoins de ton Évangile.
Soutiens-les dans leur engagement à proposer aux jeunes
Un exemple de vie de disciple
Et des chemins de consécration spéciale.
Donne-leur la sagesse nécessaire pour discerner
Les vocations afin que, en tout, brille
La grandeur de ton amour miséricordieux.
Que Marie, Mère et éducatrice de Jésus, et saint Joseph
Intercèdent pour chacune des communautés chrétiennes,
Afin que, rendues fécondes par l’Esprit Saint,
Elles soient source d’authentiques vocations
Au service du peuple saint de Dieu.
Amen.

Il y avait, ce samedi 11 avril, quelque chose d’inattendu et de profondément symbolique dans la nef de la Basilique-cathédrale de Saint-Denis. Dix-huit ordinands venus des cinq continents y étaient rassemblés pour recevoir l’ordination diaconale ou presbytérale, au cœur d’un diocèse souvent décrit pour ses fragilités sociales, mais aussi reconnu pour son dynamisme missionnaire. Parmi eux se trouvait un Frère de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, Frère Emilien.

Dans cette célébration présidée par Mgr Étienne Guillet, la présence de Frère Emilien n’avait rien d’anecdotique, comme l’a rappelé l’évêque de Saint-Denis, un des diocèses les plus pauvres de France. Elle rappelait la vocation même du Frère hospitalier, celle d’être auprès des plus fragiles. Voir ainsi Frère Emilien avancer parmi dix-sept compagnons jésuites donnait à l’événement une portée singulière. Au milieu d’une assemblée internationale, dans un lieu chargé d’histoire, son ordination manifestait la diversité des vocations dans l’Église : certains sont envoyés à la prédication, d’autres à l’enseignement, d’autres encore à l’hospitalité vécue comme chemin d’Évangile.

Dans l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, les frères sont d’abord des religieux consacrés au service des personnes malades, fragiles ou blessées par la vie. Tous ne sont pas appelés au sacerdoce. Quelques-uns seulement, à travers le monde, reçoivent l’ordination diaconale puis sacerdotale, pour servir la mission de l’Ordre jusque dans sa dimension sacramentelle et pastorale.

Pour l’Ordre hospitalier, cette étape est une action de grâce. Le diaconat configure le frère au Christ serviteur : annoncer la Parole, servir l’autel, accompagner le peuple de Dieu, rejoindre les plus pauvres. Autant de missions qui rejoignent intimement le charisme hospitalier né de saint Jean de Dieu.

À travers Frère Emilien, c’est toute la Famille hospitalière qui se réjouit. Son ordination rappelle qu’au cœur du monde contemporain, l’appel à servir demeure vivant. Et que l’Église continue de faire naître des vocations là où beaucoup n’attendent plus rien.

Ce samedi 11 avril, Mgr Etienne Guillet, évêque de Saint-Denis, ordonnera diacre Frère Émilien. Un événement marquant pour l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, qui compte 109 prêtres sur ses 930 membres à travers le monde.

Quelques mois après son inauguration, le Centre maternel et infantile Refuge Bienheureuse Victoire Rasoamanarivo a accueilli ses premières bénéficiaires, le 19 mars dernier. Une nouvelle étape importante pour la province de France qui réaffirme ainsi sa vocation auprès des plus fragiles à Madagascar, où elle est arrivée il y a 20 ans. 

Les premières femmes et leurs enfants ont été accueillies à l’occasion d’une messe présidée par Mgr Jean de Dieu Raoelison, archevêque d’Antananarivo, en présence des Frères hospitaliers, des collaborateurs, des partenaires et des autorités civiles. Un moment de communion et de joie qui a manifesté l’importance de cette nouvelle oeuvre pour l’Eglise locale comme pour la société malgache. « Cet événement a témoigné de la joie de voir naître une structure traduisant concrètement le charisme de l’Ordre hospitalier, à savoir l’engagement envers les plus démunis », souligne Ny Aina Razafiarisetra, coordinatrice du nouveau CMI.

Une mission d’accueil et d’accompagnement global

Le Refuge Bienheureuse Victoire a pour mission d’offrir un accueil temporaire à une trentaine de mères en grande précarité accompagnées de leurs enfants, dans un environnement sécurisé, humain et respectueux. À travers une approche pluridisciplinaire, la structure propose un accompagnement psychologique pour favoriser la reconstruction personnelle, un suivi socio-éducatif personnalisé, un appui médical de proximité, ainsi que des activités visant à renforcer l’autonomie des bénéficiaires.

L’admission s’effectue en collaboration avec des entités partenaires, garantissant une orientation adaptée et une prise en charge cohérente avec les dispositifs sociaux et sanitaires existants. « Dans une perspective d’insertion durable, des partenariats de formation ont été établis afin d’accompagner les mères vers une autonomie socioprofessionnelle à l’issue de leur séjour », précise Ny Aina.

Un engagement collectif pour la dignité

Plusieurs partenaires civils et religieux ont également confirmé leur engagement en faveur du centre, à travers des perspectives de collaboration. Ces appuis renforcent les capacités d’accueil et permettent d’améliorer durablement les conditions de vie des mères accueillies et de leurs enfants.

L’ouverture de ce nouveau Centre maternel et infantile de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu marque une étape important dans le développement des dispositifs d’accompagnement de l’Ordre à Madagascar et dans l’Océan indien. Elle témoigne de la capacité de la province à répondre concrètement aux besoins des plus fragiles, tout en bâtissant un impact social durable.

Frère Aloïs Michel est décédé ce 22 mars à Marseille, après 70 ans de vie religieuse au service des plus fragiles, au sein de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu. Ancien provincial de France, il a exercé de nombreuses responsabilités, tout en demeurant profondément fidèle à sa vocation hospitalière. Nous vous proposons de redécouvrir ici une interview réalisée il y a quelques années pour Le Lien Hospitalier, dans laquelle il revenait avec simplicité sur son appel, son engagement et les moments marquants de sa mission.

Frère Aloïs, pouvez-vous nous raconter vos débuts chez les Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu ?

Originaire de Viriat, dans l’Ain, je suis le dernier d’une fratrie de dix enfants, au sein d’une famille très chrétienne. J’ai d’abord passé deux années à l’école Saint-Nicolas de Bourg-en-Bresse, avant de rejoindre le petit séminaire de Meximieux.

Ne me sentant pas appelé à devenir prêtre, j’ai cherché conseil auprès du vicaire de ma paroisse, car je souhaitais m’orienter vers une congrégation religieuse active. Ce prêtre connaissait bien les Frères de Saint Jean de Dieu : il avait lui-même souhaité les rejoindre, mais en avait été empêché par son évêque. Il m’a alors proposé de rencontrer le maître des scolastiques à Lyon.

Cette visite a été déterminante. Convaincu, je suis entré chez les Frères en 1955, à l’âge de 17 ans. J’ai effectué mon noviciat à Dinan, puis mon scolasticat à Lyon, où j’ai obtenu mon diplôme d’État d’infirmier.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours au sein de l’Ordre hospitalier ?

Après 27 mois de service militaire, dont deux années en Algérie en tant qu’infirmier, j’ai été nommé à Dinan, puis au Croisic à mon retour en 1962. À cette époque, je ressentais une certaine frustration de ne pas exercer pleinement mon métier d’infirmier.

Le provincial m’a alors envoyé à la clinique Oudinot, où j’ai exercé comme chef de service jusqu’en 1977. Par la suite, j’ai été nommé Supérieur dans plusieurs établissements : à Marseille, Nantes, Paris (Oudinot), à Saint-François de La Réunion, ainsi qu’à Pamplemousses, à l’île Maurice.

J’ai également été supérieur provincial de 2004 à 2007. Durant ces trois années, j’ai notamment œuvré à la réflexion de la mise en place d’une structure juridique permettant d’assurer la pérennité de notre mission hospitalière, tant dans les domaines sanitaires que sociaux. J’ai aussi participé à la création d’une communauté de Frères à Madagascar.

Parmi ces nombreuses missions, laquelle vous a le plus marqué ?

Sans hésitation, Forbin ! Même si cette mission a été exigeante et parfois difficile, j’y ai profondément apprécié ma mission à l’Accueil de nuit. C’est un lieu où l’on peut faire beaucoup de bien, où l’on se sent utile et où l’on peut aider de multiples façons.

Les personnes accueillies me disaient souvent : « Vous êtes exigeant, mais on le comprend. » Et surtout : « Ce que nous apprécions chez vous, c’est la politesse et le respect que vous nous portez. »

Lorsque le respect est présent, tout se passe bien. Notre vocation est belle : accueillir, écouter, réconforter, soulager, soigner, guérir. Je rends grâce à Dieu de m’avoir fait la faveur de m’avoir appelé à cette mission.