« L’hospitalité commence lorsque l’on accepte de s’adapter et de se mettre au service de l’autre. » Cette phrase pourrait servir de boussole au parcours de Mickaël Rakotomalala, 28 ans, qui accompagne depuis 2021 le développement des projets de la province de France de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu dans l’Océan indien. Ingénieur de formation, Mickaël Rakotomalala met son expertise technique au service de projets complexes, veillant à ce que chaque structure soit à la fois solide dans sa réalisation et fidèle à sa vocation humaine.

Au-delà d’une fonction, le jeune malgache récemment marié se définit d’abord par une place trouvée. Celle d’un collaborateur engagé, qui a accepté de se laisser transformer par la mission. “Je ne vais pas là où c’est facile, je vais là où l’hospitalité est attendue”, confie-t-il. Le témoignage des Frères hospitaliers et de saint Jean de Dieu guide son action quotidienne et donne cohérence à son engagement.

Une mission concrète, au service de l’hospitalité

Son ouverture à l’international l’a conduit à apprendre avec humilité des autres, des bonnes pratiques découvertes ailleurs, et ainsi à ne pas imposer des solutions. À Madagascar comme à Maurice, il avance au rythme des rencontres, convaincu que l’interculturel est une école permanente. “On ne vient pas pour faire à la place des autres, mais pour agir ensemble et coconstruire des réponses adaptées.” Chaque contexte devient ainsi un lieu d’apprentissage et un appel à ajuster les réponses.

Ce qui le fait tenir ? La mission hospitalière elle-même : servir les plus vulnérables, reconnaître une dignité souvent mise à mal et marcher dans la fraternité avec les frères. “On tient dans la durée parce qu’on ne marche jamais seul”, dit-il simplement.

Faire de chaque projet une véritable maison

Dans l’Océan indien, Mickaël pilote les projets de leur conception à la mise en exploitation, en coordonnant études, budgétisation, partenaires et suivi de réalisation, dans le respect des standards internationaux et des réalités locales. Qu’il s’agisse du Refuge Bienheureuse Victoire à Madagascar (cf. page 13), du complexe médico-social du Foyer Père Laval à Port-Louis, de la maison répit à Port-Praslin ou de la remise aux normes de l’Hospice Saint Jean de Dieu à Pamplemousses, il veille à ce que chaque projet allie qualité technique et humanité.

Pour lui, un projet ne se mesure jamais seulement en mètres carrés : “Une structure n’a de sens que si elle devient, pour celui qui souffre, une véritable maison.” Structurer, sécuriser, innover sont essentiels, mais toujours sans perdre l’âme : celle du charisme de saint Jean de Dieu.

Dans une même fraternité

Le travail aux côtés des frères et des équipes locales se vit dans le dialogue et le discernement. “Cette fraternité, nourrie par l’intelligence collective, la prière et l’entraide, permet de traverser la pression, l’exigence du terrain et les réalités humaines complexes. Le terrain rappelle que l’hospitalité n’est jamais acquise : elle se choisit chaque jour, dans la rencontre avec la fragilité et la dignité des personnes.”

Ce qui touche profondément Mickaël dans le charisme de l’Ordre ? C’est cette miséricorde vécue concrètement : une miséricorde qui ne juge pas, qui prend le temps et qui se laisse toucher par la souffrance de l’autre.

Une espérance enracinée

Fidélité et audace, tels sont les enjeux pour l’Ordre dans l’Océan indien. Pérenniser les œuvres, former les équipes, inventer des réponses nouvelles face à des fragilités toujours plus complexes. L’espérance de Mickaël se nourrit de la vitalité des collaborateurs, de la confiance des frères et de la force d’un charisme qui traverse le temps sans perdre son actualité malgré les vicissitudes d’une région qui souffre.

S’il devait résumer son engagement, il dirait simplement : “Contribuer, avec fidélité à être au service des personnes les plus fragiles.”

Du 20 au 26 avril, les Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu et les Sœurs hospitalières du Sacré-Cœur de Jésus s’unissent pour proposer une nouvelle édition de la Semaine de prière pour les vocations hospitalières, en communion avec l’Eglise universelle. Durant sept jours, toute la Famille hospitalière est invitée à se rassembler dans la prière afin de demander au Seigneur de susciter des vocations au service de l’Église et des plus fragiles.

Cette année, le thème retenu est : « Témoins, donc missionnaires d’hospitalité », inspiré du message du pape Léon XIV pour la 40e Journée mondiale de la jeunesse. Un appel clair à redécouvrir que toute vocation naît d’une rencontre vivante avec le Christ et se déploie dans la mission, au cœur du monde.

Le document préparé pour cette semaine puise dans l’héritage spirituel de saint Jean de Dieu et de saint Benoît Menni. Il rassemble aussi des témoignages venus de plusieurs pays : frères, sœurs, jeunes en formation, collaborateurs et membres des œuvres hospitalières partagent ce qu’ils vivent au quotidien. Joie du service, fraternité, croix, humilité, pardon, paix : autant de chemins concrets où Dieu continue d’appeler aujourd’hui.

Nous vous proposons chaque jour, sur nos réseaux sociaux, un rendez-vous tout au long de la semaine :

  • un extrait du message du pape Léon XIV ;
  • un témoignage venu d’un établissement hospitalier Saint Jean de Dieu dans le monde ;
  • une prière pour les vocations.

À travers cette initiative, chacun est invité à porter un regard renouvelé sur la vocation : non comme une réalité réservée à quelques-uns, mais comme une réponse généreuse à l’appel de Dieu, là où nous sommes. Dans un monde souvent marqué par l’isolement, la souffrance ou l’incertitude, la vocation hospitalière rappelle que la compassion, la proximité et le soin sont plus que jamais nécessaires. L’Église a besoin d’hommes et de femmes prêts à faire de leur vie un signe d’espérance.

Prière pour les vocations

Père miséricordieux,
Toi qui nous soutiens sans cesse par les dons de ton Esprit,
Accorde-nous des communautés chrétiennes vivantes, ferventes et joyeuses,
Qui soient témoins de la vie fraternelle, du pardon et de la paix
Et qui éveillent chez les jeunes
Le désir d’être témoins de ton Évangile.
Soutiens-les dans leur engagement à proposer aux jeunes
Un exemple de vie de disciple
Et des chemins de consécration spéciale.
Donne-leur la sagesse nécessaire pour discerner
Les vocations afin que, en tout, brille
La grandeur de ton amour miséricordieux.
Que Marie, Mère et éducatrice de Jésus, et saint Joseph
Intercèdent pour chacune des communautés chrétiennes,
Afin que, rendues fécondes par l’Esprit Saint,
Elles soient source d’authentiques vocations
Au service du peuple saint de Dieu.
Amen.

Il y avait, ce samedi 11 avril, quelque chose d’inattendu et de profondément symbolique dans la nef de la Basilique-cathédrale de Saint-Denis. Dix-huit ordinands venus des cinq continents y étaient rassemblés pour recevoir l’ordination diaconale ou presbytérale, au cœur d’un diocèse souvent décrit pour ses fragilités sociales, mais aussi reconnu pour son dynamisme missionnaire. Parmi eux se trouvait un Frère de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, Frère Emilien.

Dans cette célébration présidée par Mgr Étienne Guillet, la présence de Frère Emilien n’avait rien d’anecdotique, comme l’a rappelé l’évêque de Saint-Denis, un des diocèses les plus pauvres de France. Elle rappelait la vocation même du Frère hospitalier, celle d’être auprès des plus fragiles. Voir ainsi Frère Emilien avancer parmi dix-sept compagnons jésuites donnait à l’événement une portée singulière. Au milieu d’une assemblée internationale, dans un lieu chargé d’histoire, son ordination manifestait la diversité des vocations dans l’Église : certains sont envoyés à la prédication, d’autres à l’enseignement, d’autres encore à l’hospitalité vécue comme chemin d’Évangile.

Dans l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, les frères sont d’abord des religieux consacrés au service des personnes malades, fragiles ou blessées par la vie. Tous ne sont pas appelés au sacerdoce. Quelques-uns seulement, à travers le monde, reçoivent l’ordination diaconale puis sacerdotale, pour servir la mission de l’Ordre jusque dans sa dimension sacramentelle et pastorale.

Pour l’Ordre hospitalier, cette étape est une action de grâce. Le diaconat configure le frère au Christ serviteur : annoncer la Parole, servir l’autel, accompagner le peuple de Dieu, rejoindre les plus pauvres. Autant de missions qui rejoignent intimement le charisme hospitalier né de saint Jean de Dieu.

À travers Frère Emilien, c’est toute la Famille hospitalière qui se réjouit. Son ordination rappelle qu’au cœur du monde contemporain, l’appel à servir demeure vivant. Et que l’Église continue de faire naître des vocations là où beaucoup n’attendent plus rien.

Ce samedi 11 avril, Mgr Etienne Guillet, évêque de Saint-Denis, ordonnera diacre Frère Émilien. Un événement marquant pour l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, qui compte 109 prêtres sur ses 930 membres à travers le monde.

Quelques mois après son inauguration, le Centre maternel et infantile Refuge Bienheureuse Victoire Rasoamanarivo a accueilli ses premières bénéficiaires, le 19 mars dernier. Une nouvelle étape importante pour la province de France qui réaffirme ainsi sa vocation auprès des plus fragiles à Madagascar, où elle est arrivée il y a 20 ans. 

Les premières femmes et leurs enfants ont été accueillies à l’occasion d’une messe présidée par Mgr Jean de Dieu Raoelison, archevêque d’Antananarivo, en présence des Frères hospitaliers, des collaborateurs, des partenaires et des autorités civiles. Un moment de communion et de joie qui a manifesté l’importance de cette nouvelle oeuvre pour l’Eglise locale comme pour la société malgache. « Cet événement a témoigné de la joie de voir naître une structure traduisant concrètement le charisme de l’Ordre hospitalier, à savoir l’engagement envers les plus démunis », souligne Ny Aina Razafiarisetra, coordinatrice du nouveau CMI.

Une mission d’accueil et d’accompagnement global

Le Refuge Bienheureuse Victoire a pour mission d’offrir un accueil temporaire à une trentaine de mères en grande précarité accompagnées de leurs enfants, dans un environnement sécurisé, humain et respectueux. À travers une approche pluridisciplinaire, la structure propose un accompagnement psychologique pour favoriser la reconstruction personnelle, un suivi socio-éducatif personnalisé, un appui médical de proximité, ainsi que des activités visant à renforcer l’autonomie des bénéficiaires.

L’admission s’effectue en collaboration avec des entités partenaires, garantissant une orientation adaptée et une prise en charge cohérente avec les dispositifs sociaux et sanitaires existants. « Dans une perspective d’insertion durable, des partenariats de formation ont été établis afin d’accompagner les mères vers une autonomie socioprofessionnelle à l’issue de leur séjour », précise Ny Aina.

Un engagement collectif pour la dignité

Plusieurs partenaires civils et religieux ont également confirmé leur engagement en faveur du centre, à travers des perspectives de collaboration. Ces appuis renforcent les capacités d’accueil et permettent d’améliorer durablement les conditions de vie des mères accueillies et de leurs enfants.

L’ouverture de ce nouveau Centre maternel et infantile de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu marque une étape important dans le développement des dispositifs d’accompagnement de l’Ordre à Madagascar et dans l’Océan indien. Elle témoigne de la capacité de la province à répondre concrètement aux besoins des plus fragiles, tout en bâtissant un impact social durable.

Frère Aloïs Michel est décédé ce 22 mars à Marseille, après 70 ans de vie religieuse au service des plus fragiles, au sein de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu. Ancien provincial de France, il a exercé de nombreuses responsabilités, tout en demeurant profondément fidèle à sa vocation hospitalière. Nous vous proposons de redécouvrir ici une interview réalisée il y a quelques années pour Le Lien Hospitalier, dans laquelle il revenait avec simplicité sur son appel, son engagement et les moments marquants de sa mission.

Frère Aloïs, pouvez-vous nous raconter vos débuts chez les Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu ?

Originaire de Viriat, dans l’Ain, je suis le dernier d’une fratrie de dix enfants, au sein d’une famille très chrétienne. J’ai d’abord passé deux années à l’école Saint-Nicolas de Bourg-en-Bresse, avant de rejoindre le petit séminaire de Meximieux.

Ne me sentant pas appelé à devenir prêtre, j’ai cherché conseil auprès du vicaire de ma paroisse, car je souhaitais m’orienter vers une congrégation religieuse active. Ce prêtre connaissait bien les Frères de Saint Jean de Dieu : il avait lui-même souhaité les rejoindre, mais en avait été empêché par son évêque. Il m’a alors proposé de rencontrer le maître des scolastiques à Lyon.

Cette visite a été déterminante. Convaincu, je suis entré chez les Frères en 1955, à l’âge de 17 ans. J’ai effectué mon noviciat à Dinan, puis mon scolasticat à Lyon, où j’ai obtenu mon diplôme d’État d’infirmier.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours au sein de l’Ordre hospitalier ?

Après 27 mois de service militaire, dont deux années en Algérie en tant qu’infirmier, j’ai été nommé à Dinan, puis au Croisic à mon retour en 1962. À cette époque, je ressentais une certaine frustration de ne pas exercer pleinement mon métier d’infirmier.

Le provincial m’a alors envoyé à la clinique Oudinot, où j’ai exercé comme chef de service jusqu’en 1977. Par la suite, j’ai été nommé Supérieur dans plusieurs établissements : à Marseille, Nantes, Paris (Oudinot), à Saint-François de La Réunion, ainsi qu’à Pamplemousses, à l’île Maurice.

J’ai également été supérieur provincial de 2004 à 2007. Durant ces trois années, j’ai notamment œuvré à la réflexion de la mise en place d’une structure juridique permettant d’assurer la pérennité de notre mission hospitalière, tant dans les domaines sanitaires que sociaux. J’ai aussi participé à la création d’une communauté de Frères à Madagascar.

Parmi ces nombreuses missions, laquelle vous a le plus marqué ?

Sans hésitation, Forbin ! Même si cette mission a été exigeante et parfois difficile, j’y ai profondément apprécié ma mission à l’Accueil de nuit. C’est un lieu où l’on peut faire beaucoup de bien, où l’on se sent utile et où l’on peut aider de multiples façons.

Les personnes accueillies me disaient souvent : « Vous êtes exigeant, mais on le comprend. » Et surtout : « Ce que nous apprécions chez vous, c’est la politesse et le respect que vous nous portez. »

Lorsque le respect est présent, tout se passe bien. Notre vocation est belle : accueillir, écouter, réconforter, soulager, soigner, guérir. Je rends grâce à Dieu de m’avoir fait la faveur de m’avoir appelé à cette mission.

Le 10 mars 2026, plus de 150 personnes se sont réunies au Centre Saint-Barthélemy à Marseille pour célébrer la fête de saint Jean de Dieu, initiateur de l’Ordre hospitalier. Résidents, collaborateurs, bénévoles, Frères et Sœurs des établissements Saint-Barthélemy, Saint-Raphaël, Forbin et Le Bon Pasteur ont partagé ce moment fraternel autour des Messagers de l’hospitalité, qui font le tour du monde à la voile à la rencontre de la Famille hospitalière.

La chapelle du Centre Saint-Barthélemy, pleine pour l’occasion, a accueilli la célébration eucharistique présidée par le Père Angelini, aumônier de l’établissement. Parmi les invités figuraient notamment Frère Mathieu Sisahaye, récemment élu supérieur provincial de la province Saint-Jean-Baptiste, ainsi que Philippe Girard, président de la Fondation Saint Jean de Dieu.

Revenir à une source

Pour Frère Mathieu, vivre cette fête à Marseille revêtait une signification particulière. C’est en effet ici que Frère Paul de Magallon, au XIXᵉ siècle, rassembla ses premiers compagnons avant de restaurer l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu après sa disparition à la Révolution. Cette mémoire n’est pas seulement historique, a souligné Frère Mathieu, elle rappelle l’élan missionnaire qui doit continuer d’animer l’Ordre aujourd’hui.

Le provincial a également insisté sur la responsabilité partagée de tous ceux qui participent à la vie des établissements. Religieux, collaborateurs, bénévoles, directions ou résidents, « l’hospitalité n’est pas la propriété de quelques personnes, elle devient réalité chaque fois qu’un regard respecte, qu’une parole relève ou qu’un soin est donné avec délicatesse. »

« Messagers de l’hospitalité »

Le thème choisi pour la fête de saint Jean de Dieu à travers tous les établissements de France et de l’Océan indien, « Ensemble, nous sommes des messagers de l’hospitalité »s’inspire de l’aventure de Flore et Valentin, partis en voilier à la rencontre de la Famille hospitalière à travers le monde.

Présente à Marseille pour l’occasion, Flore a livré un témoignage particulièrement touchant, rappelant que leur voyage n’avait rien d’un exploit héroïque, mais qu’il était avant tout une invitation à changer de regard sur l’autre. Au fil de leurs rencontres, ils ont découvert combien l’hospitalité se vit concrètement dans le quotidien des établissements de l’Ordre.

Pour Flore, « il n’est pas nécessaire de partir en voilier à l’autre bout du monde pour devenir un messager de l’hospitalité. Chacun peut l’être là où il se trouve, auprès d’un voisin qui traverse une épreuve, d’une personne isolée, d’un résident qui attend simplement une présence attentive. L’aventure de l’hospitalité commence souvent par ces gestes simples qui ouvrent une rencontre et redonnent un visage à l’autre. »

Une mission partagée

Cette journée de fête a été marquée par la joie de se retrouver en Famille hospitalière. Pour Frère Mathieu, cette communion reflète l’essentiel de la mission de l’Ordre aujourd’hui, à savoir « faire de l’hospitalité une réalité visible dans les relations, dans les décisions et dans l’attention constante portée aux personnes les plus fragiles. »

« L’hospitalité n’est pas un héritage à conserver sous vitrine, c’est une mission à faire vivre aujourd’hui, ensemble. » 

« Le thème de cette fête vient nous rappeler l’essentiel : nous ne sommes pas appelés à défendre des positions, mais à transmettre un esprit, a rappelé Frère Mathieu. Nous ne sommes pas réunis d’abord par des intérêts, mais par une mission ; nous ne tenons pas ensemble par simple organisation, mais parce que l’hospitalité et tous ceux qui l’ont portée avant nous nous précèdent et nous obligent. »

« Dans un monde en perpétuelle mutation, l’hospitalité doit rester notre boussole, notre étoile, notre ligne de conduite et notre raison d’être. Et si nous voulons en être vraiment les messagers, alors nous devons la rendre visible non seulement dans nos discours, mais aussi dans nos relations, dans notre manière de collaborer, dans notre façon de traverser les désaccords, dans notre souci constant de placer la personne fragile au centre de nos décisions et de nos vies. »

Un envoi en mission

La fête de Saint Jean de Dieu rappelle à chacun sa responsabilité dans la mission hospitalière, a conclu Frère Mathieu.

« Frères, Soeurs, collaborateurs, bénévoles, résidents et amis de l’Ordre sont appelés, chacun à leur place, à devenir des Messagers de l’hospitalité. » 

Et comme l’a rappelé Flore avec simplicité, « il suffit parfois d’un geste, d’une présence ou d’une parole pour que cette hospitalité devienne lumière dans la vie de quelqu’un. » 

À l’occasion de la fête de saint Jean de Dieu, célébrée le 8 mars, le supérieur général de l’Ordre hospitalier, Frère Pascal Ahodegnon, a adressé une lettre à toute la Famille hospitalière. Dans un contexte mondial marqué par les crises et les mutations rapides de nos sociétés, il invite chacun à revenir à la source du charisme : l’hospitalité vécue comme un signe concret de la miséricorde de Dieu. 

Cette lettre résonne particulièrement avec les chapitres provinciaux qui se déroulent actuellement dans de nombreuses provinces de l’Ordre à travers le monde. Ces temps de discernement et de renouvellement sont précisément l’occasion de relire l’héritage de saint Jean de Dieu pour aujourd’hui.

« Nous sommes les temps »

Dans son message, Frère Pascal rappelle que saint Jean de Dieu a lui aussi vécu dans une époque troublée, marquée par la pauvreté, les conflits et de profondes inégalités sociales. Pourtant, c’est précisément dans ce contexte qu’est né le charisme de l’hospitalité. Pour éclairer cette situation, il cite une parole de saint Augustin :

« Ce sont des temps mauvais, des temps pénibles ! dit-on. Mais cherchons à bien vivre, et les temps seront bons. »

Et d’ajouter une interprétation forte :

« Les temps ne sont pas des entités abstraites : ils sont le résultat des choix et des actions des personnes. »

Autrement dit, chaque membre de la Famille hospitalière est appelé à devenir acteur du monde qu’il contribue à façonner. L’hospitalité n’est pas seulement une mission institutionnelle, elle est d’abord une manière d’être et de vivre.

Une hospitalité du cœur

Au cœur du message du supérieur général se trouve une conviction simple mais exigeante : l’hospitalité commence par le regard porté sur l’autre.

« Saint Jean de Dieu nous enseigne une hospitalité du cœur : celle qui commence par considérer l’autre comme un frère. »

Reconnaître dans chaque personne accueillie – malade, pauvre, exilé, collaborateur ou frère – « le visage du Christ souffrant et aimant » constitue, selon lui, le premier miracle de l’hospitalité. Dans un monde souvent marqué par la peur, la fatigue ou la résignation, vivre cette hospitalité signifie ainsi continuer à croire et à espérer :

« Étendre l’hospitalité signifie choisir d’aimer encore, de croire encore, d’espérer encore. »

Un charisme à transmettre

La lettre souligne également que le charisme de saint Jean de Dieu ne se réduit pas à des structures ou à des lieux. « Les institutions peuvent évoluer, mais la force de l’hospitalité demeure lorsqu’elle est vécue comme un feu de charité capable de se transmettre et de prendre de nouvelles formes. » Cette réflexion rejoint directement le sens des chapitres provinciaux actuellement vécus dans l’Ordre et plus particulièrement pour la province de France il y a quelques jours. L’occasion de discerner comment ce charisme peut continuer à répondre aux défis sanitaires, sociaux et spirituels de notre temps.

En conclusion, Frère Pascal invite à profiter de la fête de saint Jean de Dieu pour « raviver le don de l’Hospitalité que nous avons reçu gratuitement ». Dans un monde traversé par l’incertitude, cet appel résonne comme une mission à continuer à soigner, accueillir et aimer, afin que l’hospitalité demeure un signe vivant de l’Évangile au cœur de notre temps.

Ce 8 mars, nous fêtons saint Jean de Dieu, inspirateur de notre Ordre hospitalier et de la Famille hospitalière. A cette occasion, communautés et établissements à travers le monde célèbrent celui qui est reconnu aujourd’hui comme saint patron des malades, du personnel soignant et des hôpitaux. Cette année, nous vivrons cette fête sous le thème des « Messagers de l’hospitalité », inspirés par cette famille qui fait le tour du monde à la voile de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu depuis maintenant deux ans. L’occasion de se poser avec Flore et Valentin, qui nous rappellent que nous sommes tous appelés à être Messager de l’hospitalité, où que nous soyons, quelles que soient nos capacités et nos fragilités. Et pas forcément sur un bateau autour du monde ! Journal de bord #7…

« N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. » Lettre aux Hébreux 13-2.

Nous ne sommes ni des héros de l’hospitalité, ni de grands aventuriers, peut-être de simples marins qui avons accepté l’aventure un peu folle d’aller à la rencontre de la grande Famille hospitalière sur notre chemin. Une route peuplée d’anges qui viennent chacun à leur manière nous bousculer et changer notre regard sur le monde.

Et qu’est-ce que l’aventure si ce n’est celle d’aller chaque jour vers l’autre, où que nous soyons et qui que nous soyons ?

Janvier 2024 – avec un peu de retard, à la suite d’une panne technique qui a retenu notre bateau Malo d’Eau aux Canaries, nous frappons à la porte du centre de santé mentale Dalal Xel de Thiès, au Sénégal. Frères, patients et collaborateurs nous y accueillent chaleureusement. D’abord un peu déroutés par cette proximité avec la maladie mentale que nous ne connaissons pas, nous sommes vite chamboulés et touchés par les liens qui se tissent avec les patients et leurs soignants. Notre petite fille Anna, du haut de ses 9 mois, qui se laisse encore facilement trimbaler de bras en bras, est un accélérateur de fraternité. Le masque de la maladie tombe pour laisser place à un visage, un corps et un cœur, avec son histoire, ses maux et ses rêves.

Du Sénégal nous ne parcourrons en deux ans que quelques kilomètres seulement. Mais c’est tout un pays que nous rencontrons au travers de ses résidents. A Thiès et à Fatik dans le Sine Saloum. Ils viennent de loin pour recevoir un traitement et les frères et soignants sont à l’œuvre jours et nuits pour tenter d’apporter un peu de soulagement à leur isolement. Ainsi qu’à leurs familles souvent un peu perdues aussi. De 7h à 14h, l’accueil des consultations de jour ne désemplit pas, l’hôpital de nuit se remplit selon les besoins, et le samedi l’équipe médicale part en consultation ambulatoire à travers le pays pour se rendre accessible à ceux qui ne peuvent se déplacer. Un dévouement constant et déroutant.

De retour en France pour quelques mois à l’été 2024, ce sont les anges du centre médico-social du Croisic qui nous prennent sous leurs ailes lors du premier forum de l’hospitalité auxquels nous sommes conviés. Le début d’une longue série de rencontres et d’échanges en visio dans la salle Oasis, qui porte bien son nom. On s’y rassemble à la source pour partager avec les résidents notre voyage, un goûter, une anecdote, écouter leurs histoires et leurs quotidiens qui nous rappellent que l’on peut échanger un morceau de vie avec chacun, partout où nous sommes, quelle que soit notre condition. Nous sommes profondément touchés par la fraternité et le souci de l’autre qui unis résidents, bénévoles, animateurs, frères et collaborateurs. Des héros de l’hospitalité au quotidien.

Emmanuelle, qui prenait tant de soin à garder contact avec nous pendant nos virées en mer, a pris son envol le jour de notre dernière visio, le 24 février 2026, laissant un grand vide derrière elle.

Nos rendez-vous au Centre Lecourbe à Paris et au Centre Hospitalier Dinan / Saint-Brieuc à quelques pas de chez nous en Bretagne ont la même saveur de fraternité et d’hospitalité. Une saveur exotique dans un monde trop souvent replié sur soi, engourdi dans le confort du quotidien et cristallisé par la peur de l’autre.

Ne sommes-nous pas tous appelés à être des messagers sans bateau ? Pour paraphraser Madeleine Delbrël dans son œuvre Missionnaires sans Bateau (1943). A sortir de nous-mêmes pour aller vers l’autre ? A apporter un peu de lumière là où le soleil s’est effacé ? « Le soleil il arrive » nous dit Anna tous les matins.

  • Messager vers… notre voisin qui n’a pas l’air bien ce matin.
  • Messager vers… cette personne avec qui l’on prend le temps de discuter un peu plus qu’à l’accoutumer.
  • Messager vers… cette foule qui nous fait un peu peur ou ce lieu que l’on n’a pas encore osé visiter.
  • Messager vers… cette proposition que l’on nous a faite qui nous semble insurmontable.

A l’approche de la fête de saint Jean de Dieu qui s’annonce du Croisic à Madagascar en passant par Paris et Marseille, aux couleurs des messagers de l’hospitalité, cet appel retentit d’autant plus fort. Et c’est chacun avec notre histoire, nos conditions de vies et nos moyens que nous pouvons oser y répondre. L’hospitalité ne déçoit pas. Mieux que cela, elle réfléchit la lumière et vous avez été nombreux à nous le témoigner ces deux dernières années.

À partir de ce samedi 28 février, nous entrons dans les neuf jours de prière qui nous conduisent à la fête de saint Jean de Dieu, célébrée le 8 mars. Cette neuvaine s’inscrit cette année dans un contexte particulier pour l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, à la suite du 105ᵉ Chapitre provincial de la province de France et de l’Océan Indien.

À l’issue de ce temps de discernement et d’élection, Frère Mathieu a été nommé nouveau provincial. Ce nouveau mandat est un moment important pour la vie de la province. Cette neuvaine sera ainsi aussi l’occasion de porter dans la prière les Frères, leurs missions et les orientations prises pour les années à venir.

Marcher à la suite de saint Jean de Dieu

Jean de Dieu (1495-1550), fondateur des Frères hospitaliers, est reconnu comme saint patron des malades, des hôpitaux et des soignants. Converti après une vie marquée par de nombreux bouleversements, il consacra son existence à l’accueil et au soin des plus pauvres et des malades à Grenade. Son témoignage demeure d’actualité, 500 ans après : voir dans chaque personne souffrante le visage du Christ et répondre par une hospitalité concrète, humble et inventive.

“Ensemble, soyons des messagers de l’hospitalité”

Le thème choisi pour la fête de cette année nous invite à vivre l’hospitalité non comme une notion abstraite, mais comme une attitude intérieure et un engagement quotidien. Dans un monde traversé par l’isolement, la fragilité et la maladie, nous sommes appelés à devenir, chacun à notre place au sein de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu, des messagers d’hospitalité et d’espérance.

Cette neuvaine, proposée sur la plateforme Hozana.org, nous permettra de nous unir à la mission d’hospitalité à laquelle nous sommes tous invités à la suite de saint Jean de Dieu, religieux et laïcs. Chaque jour, du 28 février au 8 mars, nous vous proposons une méditation. Nous confierons particulièrement les personnes malades, les soignants, aidants et familles, les œuvres de l’Ordre et ceux qui y vivent ou y travaillent, ainsi que la province de France et de l’Océan Indien, au début du mandat du nouveau gouvernement provincial, afin que l’Esprit Saint guide son service et fortifie les Frères dans leur mission.

Confiez vos intentions de prière

Chacun est invité à transmettre ses intentions de prière. Elles seront portées tout au long de ces neuf jours dans les communautés des Frères de la province. N’hésitez pas à les déposer en cliquant sur le lien ci-dessous👇

Déposer une intention de prière

Que cette neuvaine nous aide à grandir ensemble dans l’hospitalité et à devenir, là où nous sommes, de véritables messagers de l’hospitalité.