Après des années de mission en Sierra Leone où il a notamment vécu un enlèvement en 1998, Frère Fernando Aguiló vit une nouvelle étape marquée par la maladie et la fragilité. Depuis l’Espagne où il s’est retiré, malgré la fatigue et la maladie, ce religieux et médecin continue inlassablement de soutenir la Famille hospitalière dans ce pays africain à l’histoire mouvementée, découvrant une nouvelle façon de voir sa vocation de Frère hospitalier. Rencontre. 

Un enlèvement, bien sûr, cela marque…

…même si le nôtre a eu une fin heureuse ! Nous étions ensemble : trois Frères, un volontaire et un prêtre carme malade. Nous priions, parlions et jouions même avec les enfants des ravisseurs. Au début, il y a eu des menaces : on nous a dit que nous étions une monnaie d’échange et que, s’ils devaient fuir, ils nous tueraient. Ils essayaient de nous cacher à la population, qui leur reprochait d’avoir enlevé des religieux de l’hôpital.

Comparé à d’autres enlèvements dont j’ai lu le récit, le nôtre fut plutôt un « tourisme intérieur forcé » avec des guides peu fiables. Mais, personnellement, mon véritable enlèvement a été ma maladie : elle m’a obligé à changer de vie et m’a conduit à me poser beaucoup de questions. En pleine crise, un petit livre du cardinal Van Thuan, Cinq pains et deux poissons, m’a beaucoup aidé. J’y ai lu une phrase qui m’a profondément marqué : « Tu as choisi Dieu seul, pas ses œuvres. » Cela m’a aidé à accepter la réalité et à chercher sans cesse comment continuer à aider, au lieu de me concentrer sur ce que je ne pouvais plus faire.

Avez-vous changé votre manière de comprendre Dieu ?

Oui. Je Le sens plus proche, plus humain.

La vie missionnaire est souvent associée à l’action, au voyage, au service direct. Comment cette mission se transforme-t-elle quand le corps impose ses limites ?

La vocation religieuse est le fondement de la mission. C’est cette motivation profonde qui donne stabilité et force face aux nombreuses difficultés. On n’est jamais vraiment préparé à ce qu’une maladie, de manière précoce et inattendue, vous impose des limites. Je suis passé d’un missionnaire actif à un missionnaire en ligne, devenu porte-parole de la mission où que je sois. Parfois, je me dis que certains doivent penser en me voyant : « Encore ce fatigant de Sierra Leone ! »

Que vous a appris votre expérience en Sierra Leone sur la valeur de la vie, du don et de l’espérance ?

De l’être humain, on peut attendre le meilleur comme le pire. Je crois que, même si le mal fait plus de bruit, le bien demeure majoritaire.

Quand on est engagé dans une cause, on ne calcule pas les risques. Lors de l’enlèvement, certains Frères africains ont voulu se proposer pour nous remplacer. Les guérilleros ont répondu qu’ils ne valaient rien au niveau international. C’est la cruelle réalité de ce monde : la valeur d’une personne dépend de l’endroit où elle est née.
L’un des commandants, en apprenant nos nationalités — Espagnols, Italien, Autrichien — s’est fâché : « Gens sans valeur ! Moi, je veux des Anglais ou des Américains. » Même entre les pays riches, il existe des catégories.

Les guerres se mesurent selon leur impact économique ou médiatique, mais pour ceux qui les subissent, elles se valent toutes. Peu importe qu’on meure d’un drone ou d’une machette. Je me souviens qu’à Mabesseneh, le moindre bruit la nuit faisait fuir toute la population. Les enfants couraient se cacher dans la forêt, les personnes âgées se réfugiaient à l’hôpital. Elles vivaient avec leurs affaires prêtes, près de la porte, au cas où il faudrait fuir. Pendant des années, j’ai vu à Lunsar des choses très dures : des blessés, souvent par machette, même de très jeunes enfants. Cela vous change pour toujours.

Que signifie pour vous aujourd’hui la vie fraternelle ?

Dans la vie religieuse, la communauté est essentielle. Même s’il y a des difficultés et que chacun a ses émotions, il faut prendre soin de la vie fraternelle. C’est la clé pour incarner les valeurs de l’Ordre partout où il est présent.

Dans un monde en constante évolution, que diriez-vous aux jeunes attirés par la vocation ou la mission ?

Je leur dirais de se former du mieux possible, d’apprendre la langue officielle du pays où ils iront, même s’il existe aussi des langues locales. Pouvoir communiquer avec les professionnels locaux est essentiel, car ce sont eux les ponts avec la population.

Je leur conseille aussi d’y aller avec humilité et ouverture. La compétence technique est précieuse, mais les locaux connaissent mieux leur culture que nous. Il faut collaborer dans le dialogue et le consensus : sans cela, tout ce que vous construisez peut disparaître quand vous partez. Et bien sûr, il faut rester réaliste : reconnaître ses limites et ne pas créer de faux espoirs.

Comme médecin et religieux, vous avez été très proche de la fragilité humaine. Maintenant que vous la vivez vous-même, qu’avez-vous appris ?

Quand vous voyez la fragilité chez les autres, cela vous amène à la compassion et à chercher comment aider. Dans mon cas, cela m’a conduit à me former comme chirurgien général, puisque nous ne pouvions pas transférer les patients.

Mais vivre la fragilité en première personne est plus difficile. Il faut du temps pour accepter la nouvelle réalité sans se mentir à soi-même. Cela vous pousse à trouver de nouvelles manières de continuer à servir.

Si vous deviez résumer votre vie en un mot ou une phrase, que diriez-vous ?

Je ne suis pas très doué pour résumer ma vie en un mot, mais je dirais peut-être : « Heureux. » Heureux d’avoir été envoyé en Sierra Leone, pour les années vécues là-bas, pour tout ce que j’y ai appris et partagé, humainement et professionnellement, et pour pouvoir encore aider, aujourd’hui, autrement.

Propos recueillis par Maite Hereu

Le lundi 12 janvier, le supérieur général de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, Frère Pascal Ahodegnon, accompagné des membres de son Conseil général, a été reçu en audience par le pape Léon XIV.

Après un échange cordial, le pape et le supérieur général se sont entretenus en privé sur des questions d’actualité. Cette rencontre s’inscrit dans la tradition de dialogue régulier entre le Saint-Siège et l’Ordre hospitalier, fondé au XVIᵉ siècle par saint Jean de Dieu, et reconnu pour son engagement historique au service des personnes malades, pauvres et vulnérables.

Plusieurs sujets majeurs ont été abordés au cours de l’entretien. La pastorale de la santé, dans l’Église et au sein de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, a occupé une place centrale, dans un contexte de profondes mutations des systèmes de soins. Les échanges ont également porté sur l’avenir des structures sanitaires catholiques en Italie, confrontées à des défis à la fois économiques, institutionnels et éthiques.

La santé mentale, comme enjeu mondial de première importance, a fait l’objet d’une attention particulière. Le pape Léon XIV et le supérieur général ont souligné la nécessité d’un engagement accru de l’Église dans ce domaine, en cohérence avec le charisme hospitalier de Saint Jean de Dieu, fondé sur la dignité de toute personne et le soin intégral de l’être humain.

Enfin, la rencontre a permis de mettre en lumière la présence des Frères hospitaliers à Drohobycz, en Ukraine, où l’Ordre développe un projet de structure dédiée à l’accompagnement social. Cette initiative constitue un signe concret de solidarité avec les populations touchées par la guerre et un témoignage vivant de l’engagement de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu en faveur de la paix, de la justice et de la proximité avec les plus fragiles.

Présent aujourd’hui dans 54 pays, l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu poursuit ainsi sa mission au cœur des enjeux contemporains de la santé, fidèle à l’intuition fondatrice de son saint patron : soigner, accueillir et servir, sans distinction, ceux que la société laisse le plus souvent en marge.

Le 105ᵉ Chapitre provincial des Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu est désormais entré dans sa phase active de préparation. En France comme dans les communautés de l’Océan indien, Frères et collaborateurs s’engagent dans un vaste temps de réflexion et de discernement, appelé à éclairer les priorités de la province pour les quatre années à venir.

Moment majeur de la vie de l’Ordre, le chapitre provincial se tient tous les quatre ans. Il constitue l’assemblée la plus importante pour les frères d’une province : un temps de prière, de dialogue et de décision collective, enraciné dans le charisme de l’hospitalité hérité de saint Jean de Dieu. Le prochain chapitre se déroulera du 23 au 27 février 2026 à Angers, mais il se prépare dès aujourd’hui, au plus près du terrain.

Dix ateliers pour penser l’hospitalité d’aujourd’hui et de demain

Pour soutenir ce chemin, dix ateliers préparatoires sont actuellement en cours sur l’ensemble de la province Saint Jean-Baptiste (France et Océan indien). Ils réunissent Frères et collaborateurs au cœur même des œuvres hospitalières. On y aborde des thèmes tels que : l’hospitalité comme identité vivante, la coopération, la protection des personnes, la gouvernance partagée, ou encore le soin spirituel et religieux dans l’accompagnement global.

Ces temps sont volontairement ouverts et créatifs. Ils permettent de prendre de la hauteur, de relire les pratiques, mais aussi de rêver et d’imaginer une hospitalité fidèle au charisme, capable de répondre aux fragilités d’aujourd’hui. D’autres ateliers concernent plus spécifiquement les Frères, qu’ils soient en France métropolitaine ou dans les communautés de l’Océan indien. Ils portent sur la vie communautaire et religieuse, la formation, l’organisation provinciale et l’implication missionnaire.

L’enjeu est clair : identifier les nouveaux besoins d’hospitalité et réfléchir aux moyens de donner davantage d’autonomie aux œuvres et aux équipes de terrain, afin de soutenir au mieux la mission.

Une démarche synodale inédite

Pour la première fois, la province s’engage résolument dans une démarche synodale, associant Frères et collaborateurs à différentes étapes du processus. Ce chemin se déploiera en deux temps forts :

  • une assemblée pré-capitulaire, les 18 et 19 février 2026, réunissant Frères et collaborateurs ;

  • le Chapitre provincial, réservé aux frères, du 23 au 27 février 2026.

En amont, sur chaque territoire, les ateliers rassemblent largement la Famille hospitalière : frères, sœurs, salariés, bénévoles, personnes accueillies et proches aidants. Cette diversité de regards nourrit un discernement ancré dans la réalité vécue des œuvres.

Marcher ensemble vers le Chapitre

À l’issue de ces travaux préparatoires et de la mise en commun des fruits des ateliers viendra alors le temps du chapitre proprement dit, durant lequel les Frères auront la responsabilité de discerner et de décider des orientations majeures pour les quatre prochaines années.

Ainsi, de la France à l’Océan indien, la province Saint Jean-Baptiste avance pas à pas, dans un esprit d’écoute, de confiance et de service. Un chemin exigeant, au service d’une hospitalité toujours plus vivante, fidèle à l’intuition fondatrice de son fondateur, saint Jean de Dieu.

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Après 2850 miles au compteur, 18 jours et 11h30 en mer, Flore et Valentin ont posé le pied à Tobago avec leur petite Anna, deux ans et demi. À bord de Malo d’Eau, ils viennent de franchir l’Atlantique, poursuivant leur tour du monde à la voile à la rencontre de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu, dans l’esprit des Messagers de l’Hospitalité. Journal de bord de Flore…

L’arrivée a la couleur des grandes premières fois : une île verte et montagneuse, des eaux mêlées de douceur et de sel, des sourires, des sound systems, des poissons grillés… Et, très vite, la vie ordinaire reprend ses droits : la lessive sur la jetée, comme un clin d’œil aux escales africaines. Le voyage continue, simplement, autrement.

Une traversée, trois membres d’équipage

Anna nous a impressionnés presqu’autant qu’elle nous a épuisés. Pétillante de vie. Un poisson dans l’océan, en corps à corps presque parfait avec Malo d’Eau, solidement ficelée dans son petit harnais. Imperturbable face au moindre mouvement du bateau. « Oh la vague ». La jubilation des petits riens dans la monotonie du quotidien. Les enfants se fondent dans le présent et nous narguent par leur spontanéité et leur adaptabilité.

Valentin en bon marin veille au grain et nous en avons essuyé quelques-uns. Il installe à bord, avec une ferme douceur, l’ordre et la routine, et dès les premiers miles, chacun trouve sa place, dans l’inconfort du quotidien. A son habitude, jamais la moindre plainte ou impatience ne sortent de sa bouche. Il s’enquiert volontiers des tâches les plus ingrates, dans la discrétion la plus totale ou avec ce brin d’humour qui lui va si bien.

De mon côté c’est un peu plus houleux. Comme cette mer qui m’a laissé un tantinet farineuse toute la traversée. Je claque mes humeurs et ma bonne humeur comme le spi qui part au lof et à l’abattée et m’enquiers vaillamment du ravitaillement des troupes. Chaque repas est une fête. Non pour leur contenu mais pour la joie de se remplir l’estomac en passant un bon moment tous les trois. Quelques mots échangés, deux trois nouilles renversées et boutades du moment mettent du baume au cœur pour le reste de la journée

Bénédictions et tempêtes

La mer donne et reprend. Un premier dimanche au coucher du soleil, une bonite mord à l’hameçon juste à l’heure du dîner. Un autre jour, une dorade coryphène se transforme en sushis. Et puis, la nuit, une vague plus grosse que les autres couche le bateau sur son flanc ; la cuisine valdingue, l’annexe et le moteur disparaissent. L’océan rappelle sa force, sans détour.

Lorsque l’empannage attendu arrive, l’action redonne de l’élan : Tobago est en vue. La fatigue est réelle, la vigilance constante. Mais l’essentiel demeure : la joie du chemin parcouru ensemble, le temps passé à reconnaître les animaux, cette complicité qui se tisse au fil des quarts.

Accoster pour mieux repartir

Dimanche 21 décembre. Derrière les montagnes verdoyantes de Tobago se devine un répit. Un repos relatif – la vie à terre aussi a ses fragilités – mais bienvenu. Et quel vrai repos sinon celui auquel on peut goûter au dedans de soi. Ce continent intérieur, ce morceau d’éternité où l’on se sent immensément aimé et vivant, bercé par le murmure de l’océan ou le brouhaha incessant de la terre. Un cœur à cœur avec l’infini qui nous attend partout si l’on veut bien déblayer un peu ses peurs et préjugés et écouter notre petite musique intérieure.

Merci la Vie ! ✨

À l’approche de Noël, nous sommes invités à faire une pause. Non pour se soustraire aux réalités parfois lourdes du monde, mais pour les regarder autrement, à la lumière de l’Enfant de la crèche. Dans ce temps de l’Incarnation, Dieu se fait proche : proche des pauvres, des malades, des oubliés, de toutes celles et ceux dont la fragilité appelle une présence aimante.

Dans sa lettre de Noël adressée à l’ensemble de la Famille hospitalière, Frère Pascal Ahodegnon, Supérieur général, rappelle que cette fête « nous offre une nouvelle occasion de nous sentir davantage famille et davantage unis, afin de raviver dans la foi notre mission apostolique hospitalière au service des pauvres et des malades ». Il souligne avec force combien notre condition humaine nous rend conscients de notre fragilité commune, et combien nous avons besoin de « retrouver de nouvelles énergies de vie » pour témoigner d’une foi « enracinée dans l’espérance et vécue dans la charité ».

Noël, écrit-il, n’est ni un conte ni une simple émotion passagère. Il est l’annonce bouleversante d’un Dieu qui prend le monde au sérieux :

« Dieu entre dans le monde non pour le dominer, mais pour le sauver. Il entre dans le monde non pour le posséder, mais pour l’aimer ».

Cette certitude nourrit notre espérance. Face aux épreuves, aux désarrois et aux souffrances, le Supérieur général invite chacun à ne pas céder au découragement :

« Nous sommes nés dans l’Espérance. Une espérance qui n’est pas naïveté, mais force intérieure, semblable à un remède efficace et approprié pour une bonne guérison. À la suite du Christ, Prince de la paix, la Famille hospitalière est appelée à proposer une expérience de vie nouvelle, capable d’ouvrir des chemins là où tout semble fermé. »

Cet appel trouve un écho profond dans la lettre provinciale de Frère Paul-Marie Taufana, Supérieur provincial de France et de l’Océan indien. En méditant le mystère de la crèche, il invite à un geste spirituel audacieux : « ne pas seulement lever les yeux vers la lumière de l’étoile, mais oser les baisser vers la paille ». « Dieu se met à la merci de l’homme, écrit-il, pour que personne n’ait peur de s’approcher de Lui. »

En ce Noël 2025, la province de France rend grâce pour les nombreux signes d’espérance vécus au cours de l’année : engagements de nouveaux Frères, mise en place de projets au service des plus vulnérables, fidélité quotidienne de chacun, souvent discrète mais essentielle. Autant de « fragments d’Évangile », comme le rappelle Frère Paul-Marie, qui manifestent que l’hospitalité de saint Jean de Dieu continue d’être vivante aujourd’hui, par les mains des Frères, collaborateurs, bénévoles et bienfaiteurs, auprès de ceux que la vie a blessés.

Alors que s’ouvre déjà l’année 2026 et que se profile le 105ᵉ Chapitre provincial, ce temps de Noël invite chacun à raviver la flamme : prendre soin de sa vocation, cultiver la proximité avec les plus fragiles, et laisser l’espérance irriguer toute la Famille hospitalière. Comme le rappelle Frère Pascal Ahodegnon, « en accueillant la nouveauté de Dieu, nous accueillons un signe de bien et de paix pour chaque homme ».

« Que la fragilité de l’Enfant Jésus devienne notre force, que sa douceur inspire notre manière d’être présents aux plus oubliés, et que l’hospitalité, vécue jour après jour, demeure le visage concret de l’amour de Dieu dans notre monde. »

Après plusieurs mois à terre, leur permettant de rendre visite aux centres de Dinan / Saint-Brieuc et du Croisic, Valentin, Flore et Anna, nos Messagers de l’Hospitalité, ont repris la mer ce 3 décembre avec Malo d’Eau leur bateau, depuis la Gambie. Direction Bélem au Brésil ou Trinidad-et-Tobago… Dans les deux cas, la traversée durera environ 20 jours et ils devraient toucher terre avant Noël. Retour sur une dernière visite aux résidents du Centre du Croisic, en attendant des nouvelles de leur traversée ! 

Le Croisic, 9 octobre 2025

« Chère Marie-Françoise. Me voilà bien arrivée chez moi. Merci pour votre accueil et nos beaux échanges avec les résidents aujourd’hui… ils viennent gonfler les voiles de Malo d’eau pour notre traversée… Chaque visite au centre du Croisic me convainc que sans l’hospitalité, un tel voyage aurait bien peu de saveur. Avec toute mon admiration et mon affection. A très bientôt. Flore. »
Envoyé à 20h55

« Une merveilleuse journée comme nous les aimons tant », me répond Marie-Françoise.

Au retour de ma visite au centre médico-social du Croisic, ces mots résonnent fort dans mon cœur rempli par cette journée aux saveurs d’aventure et de fraternité. L’aventure de nombreuses vies ; celles des résidents du Croisic qui, avec Benoit, Marie Françoise et les Frères, m’ont raconté leur année et les nombreux événements qui s’y sont passés.

Des larmes de joie

Les sourires défilent sur le grand écran de la salle Oasis. Je prends à mon tour le micro pour leur raconter notre hiver en bateau sur Malo d’Eau : du Sénégal au Cap Vert en passant par la Guinée Bissau avant de retourner en Gambie. Ces paysages et leurs visages sont presque familiers pour tous ceux qui nous ont suivi en visio sur le bateau. Nous partageons un goûter et un jus de bissap, bien connu de Abdu, un résident originaire de Thiès, au Sénégal, où nous avons visité les Frères cet hiver. Nous clôturons cette belle après-midi avec ceux qui le souhaitent par une discussion profonde et animée autour du thème de l’hospitalité.

Quelques chants accompagnés à la guitare par Frère Jean-Marie font couler des larmes de joie. Et toujours cette spontanéité déroutante qui me laisse percevoir en chacun d’eux un vrai sens de l’hospitalité. Je repars escortée par Sylvie jusqu’à ma voiture, aussi bien entourée que je l’ai été accueillie le midi dans le hall d’entrée, qui m’est devenu maintenant familier. Le cœur rempli. Quelques kilos de sourires et d’amitié à rajouter dans nos valises cette année. Valentin est alors embarqué sur le Belem comme lieutenant et il nous a fallu patienter jusqu’au 17 novembre pour retrouver Malo d’Eau, toujours à flots, en Gambie. Nous voilà désormais partis pour traverser l’Océan Atlantique. 20 jours de mer devraient nous permettre de rejoindre l’autre côté.

Départ le 3 décembre 2025

L’équipage s’active à bord. Il faut vérifier l’état du gréement, monter au mât pour y passer quelques câbles, gratter la coque pour ne pas être ralentis par la culture d’algues qui s’est formée pendant notre absence, réparer les fuites, remplir les réservoirs d’eau à coup de nombreux bidons, faire l’inventaire des placards et s’assurer de pouvoir nourrir les troupes pendant trois semaines. Sans oublier la crèche en papier et quelques décorations de Noël pour illuminer notre traversée. Si tout se passe bien, nous devrions toucher terre la veille de la Nativité. Reste à savoir vers quel cap nous allons pointer notre étrave. Nous attendons le planning 2026 de Valentin pour envisager ou non une escale à Belém, au Brésil. Un voyage nous invite toujours à l’abandon, et bien que ponctuée d’incertitudes, le soleil se lèvera toujours du même côté pendant notre traversée.

➡️Vous pouvez suivre la traversée de l’Atlantique de nos Messagers de l’Hospitalité en direct ! 

 

L’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu a inauguré, ce samedi 22 novembre à Antananarivo, le centre maternel et infantile Refuge bienheureuse Victoire Rasoamanarivo. Une maison destinée aux femmes seules et à leurs enfants en grande précarité, bénie par le nonce apostolique à Madagascar, en présence d’autorités civiles et religieuses venues saluer cette nouvelle œuvre d’hospitalité au service des plus fragiles.

Une inauguration marquée par une forte mobilisation

Dans le quartier de Marohoho, une foule nombreuse s’est rassemblée en ce samedi matin devant le Centre maternel et infantile, sous un temps clément malgré la saison des pluies. Construit en face du dispensaire des Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu fondé il y a vingt ans dans un quartier pauvre de la capitale, cette nouvelle œuvre incarne le rôle de l’Eglise auprès des plus vulnérables, dans un pays marqué des difficultés sociales et politiques.

La cérémonie s’est déroulée en présence du nonce apostolique à Madagascar, Mgr Tomasz Grysa, du supérieur général de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, du supérieur provincial de France et de l’Océan Indien, ainsi que de nombreux prêtres du diocèses et de sœurs de congrégations amies et partenaires de l’Ordre hospitalier dans l’Océan indien.

La maire d’Antananarivo, Harilala Ramanantsoa, a tenu à être présente et a exprimé sa joie de voir un établissement d’une telle importance ouvrir dans la capitale malgache. Le secrétaire général du ministère de la Population, représentant la ministre, a pour sa part encouragé l’Ordre hospitalier à poursuivre le développement de ses œuvres, l’assurant de son soutien.

« Vous n’êtes plus seules » : un refuge né d’une rencontre bouleversante

À l’origine du centre, l’intuition de Frère Paul-Marie Taufana, supérieur provincial de France et de l’Océan indien :

« Je revois cette mère épuisée posant ses deux bébés sur le sol froid d’un tunnel d’Antananarivo pour mendier quelques grains de riz ou quelques ariary. Son regard m’a bouleversé. »

Face à cette scène, il dit avoir entendu l’appel de saint Jean de Dieu :

« Faites-vous du bien, mes frères, en faisant le bien ! »

De ce choc est né un projet simple et radical : créer un lieu où des femmes victimes de violence, d’abandon ou d’extrême pauvreté puissent retrouver sécurité, accompagnement et dignité.

Une mission séculaire au cœur des fragilités d’aujourd’hui

Dans son discours, le supérieur général de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, Frère Pascal Ahodegnon, a replacé l’inauguration dans la continuité d’une longue histoire :

« Depuis plus de cinq siècles, l’Ordre hospitalier marche aux côtés des pauvres, des malades, des oubliés de l’histoire. »

Il a décrit le nouveau centre comme une œuvre inspirée de l’Évangile :

« Ce Refuge n’est pas simplement une réalisation humaine. Il est une parabole vivante, écrite avec des vies transformées. »

Ouvrir un chemin d’espérance

Dans son homélie, le nonce apostolique a remercié les Frères hospitaliers pour cette nouvelle œuvre de charité :

« Elle témoigne de votre engagement pour la dignité, la solidarité et l’espérance pour les mères et leurs enfants. »

Pour lui, l’ouverture de ce refuge est un signe concret que l’Église choisit de se tenir là où les blessures humaines sont les plus lourdes, afin d’ouvrir un chemin d’espérance. S’adressant plus spécifiquement aux femmes, il a conclu en leur adressant cet appel :

« Chères femmes, sentez-vous pleinement reconnues dans votre dignité et dans vos responsabilités de chrétiennes ! N’hésitez pas à apporter votre contribution spécifique à l’évangélisation. Votre aptitude à l’accueil de la Parole de Dieu et à la transmission de la foi, la qualité de votre sens moral, votre sensibilité particulière pour la dignité de l’être humain sont des biens irremplaçables pour l’Eglise. »

La bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, patronne d’un lieu de relèvement

Le centre porte le nom de Victoire Rasoamanarivo, première bienheureuse malgache, dont la foi, la fidélité et la charité ont marqué l’histoire du pays.

Le supérieur général de l’Ordre hospitalier a invoqué sa figure comme une présence maternelle pour toutes celles qui viendront ici et comme l’incarnation même de l’œuvre de l’Eglise auprès des plus fragiles :

« Qu’elle veille sur cette maison ; qu’elle en garde l’audace, la bonté et l’humanité. (…) Dans un monde traversé par des tensions sociales, politiques et économiques, l’Église ne renonce pas. Elle reste une présence de paix, de consolation et d’humanité. »

Un centre pour accueillir, protéger, reconstruire

Le Refuge bienheureuse Victoire a été conçu comme un lieu de vie et de renaissance. Il proposera notamment :

  • un accueil d’urgence pour les femmes en détresse ;

  • un accompagnement social, psychologique et juridique ;

  • une prise en charge maternelle et infantile ;

  • des programmes de formation, réinsertion et autonomisation.

A Antananarivo, plus de 5000 personnes vivent dans la rue, dont de nombreuses femmes et enfants. Face à l’absence de structures adaptées, ce nouveau Centre maternel et infantile – qui accueillera ses premiers bénéficiaires le 8 mars 2026, jour de la fête de saint Jean de Dieu et journée internationale des femmes – veut apporter une réponse humaine et durable à cette urgence sociale. Le centre accueillera à terme jusqu’à 30 personnes pour des séjours de 6 à 12 mois, selon les besoins.

📷 Retrouvez les photos de l’événement sur nos réseaux sociaux ! 

Qui était la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo ?

Victoire Rasoamanarivo (1848–1894) est la première Malgache reconnue bienheureuse par l’Église catholique. Figure emblématique de foi, de courage et de fidélité, cette laïque a traversé une période marquée par de fortes tensions sociales et politiques à Madagascar. Son témoignage a laissé une empreinte profonde dans la vie spirituelle du pays.

Femme d’une grande douceur et d’une détermination remarquable, elle s’est engagée auprès des plus pauvres et des malades, visitant et soutenant les plus vulnérables à une époque où beaucoup étaient abandonnés. Son calme, sa prudence et sa charité en ont fait un repère moral au sein de la société malgache.

Durant les conflits politiques de la fin du XIXe siècle, Victoire Rasoamanarivo s’est notamment illustrée par son rôle de médiatrice et de protectrice. Elle est devenue un signe d’espérance, de paix et de résilience pour son peuple.

Sa béatification par saint Jean-Paul II a confirmé la portée universelle de sa vie : une femme capable de tenir debout dans l’épreuve, d’aimer sans condition et de porter les plus fragiles avec une constance exceptionnelle. Aujourd’hui encore, elle demeure une figure inspirante pour Madagascar et tout particulièrement pour le nouveau Centre maternel et infantile qui a été mis sous son patronage.

Un an après l’élection du nouveau gouvernement général, le supérieur général de l’Ordre hospitalier, Frère Pascal Ahodegnon, adresse un message fraternel à toute la Famille hospitalière à l’occasion de la solennité de la bienheureuse Vierge Marie, patronne de l’Ordre, célébrée le 15 novembre.

Dans cette lettre écrite depuis la Nocetta, siège de la Curie générale à Rome, Frère Pascal invite les Frères, collaborateurs et membres de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu à tourner leur regard vers Marie, “notre Espérance, Mère et Maîtresse de l’Hospitalité”. S’inspirant d’une catéchèse du pape François, il rappelle que Marie n’est pas une femme qui se laisse abattre par l’épreuve, mais une femme qui écoute, qui accueille la vie telle qu’elle vient, avec ses joies et ses difficultés, et qui nous apprend à marcher dans la confiance.

Ce message prend une résonance particulière dans le contexte actuel de transformation que traverse l’Ordre. Frère Pascal, qui a été élu supérieur général de l’Ordre il y a tout juste un an, évoque les défis d’aujourd’hui comme l’“enfantement d’une nouveauté”, un passage qui appelle à la foi, à l’espérance et à la disponibilité du cœur :

“Nous voulons apprendre de Marie à prononcer des ‘oui’ pleins, décidés et inconditionnels à ce que le Seigneur est en train de créer de nouveau et de beau dans notre Ordre.”

À travers la figure de la Vierge Marie et l’exemple de Saint Jean de Dieu, Frère Pascal nous invite à redevenir « des témoins crédibles de l’espérance, capables de manifester la bonté, la beauté et la tendresse de Dieu auprès des plus fragiles. »

➡️ Lire la lettre complète

Il y a un an, la province de France de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu lançait un appel à la solidarité pour venir en aide à la communauté des Frères hospitaliers touchée par la guerre en Ukraine. Grâce aux dons recueillis en France, plus de 12 000 euros ont pu être envoyés aux frères de Drohobych, dans l’ouest du pays.

Ce soutien a permis d’acheter près de 12 tonnes de denrées alimentaires et de médicaments, distribués à près de 1 900 personnes, parmi lesquelles des familles réfugiées et des habitants durement affectés par le conflit.

Dans une lettre adressée aux donateurs que nous reproduisons ci-dessous, Frère Wawrzyniec Iwańczuk, prieur de la communauté, exprime sa profonde gratitude au nom des frères et des collaborateurs du centre d’aide sociale de Drohobych.

« Au nom des Frères de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu et de nos Collaborateurs qui gèrent la mission de Drohobych, en Ukraine, nous tenons à exprimer notre profonde gratitude envers vous et vos bienfaiteurs pour la collecte de fonds au profit de nos bénéficiaires en Ukraine.

À la suite de votre aide monétaire de 12 000 euros, nous avons réussi à acquérir au total 11 797,5 kg de provisions alimentaires (telles que la farine, le sucre, l’huile, le sarrasin, les pâtes et le riz) ainsi que des médicaments. Entre mars et juillet, 1873 personnes ont été soutenues grâce à des provisions alimentaires gratuites, provenant de la région de Drohobych et de réfugiés fuyant la guerre en Ukraine de l’Est. De plus, 827 personnes souffrantes ont eu accès à des médicaments.

Votre don a été une aide inestimable pour nous. Grâce à votre engagement à aider les malades, les pauvres et les personnes qui souffrent, y compris à cause de la guerre, nous avons pu leur fournir au moins partiellement les moyens de subsistance de base.

« Toutes vos bonnes actions sont inscrites dans le livre de vie », disait saint Jean de Dieu. Que Dieu vous comble de ses grâces pour tout le bien que vous avez fait, dont nous avons également bénéficié. Nous vous recommandons à Notre-Dame de la Guérison des Malades et à la Patronne de notre Ordre.
Je vous bénis de tout mon coeur +. »

« Le Seigneur les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. » Ce verset de l’Évangile, lu le dimanche 6 juillet dernier, a pris chair l’après-midi même lorsque deux jeunes Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu ont été envoyés depuis Paris au Sénégal. Un duo inattendu : Frère Romuald (Malgache) et Frère Mihaël (Croate), étudiants à Paris depuis un an, qui ont passé leurs vacances d’été sur le terrain missionnaire et qui reviennent pour nous sur cette expérience marquante.

Bien sûr, il y a eu l’émerveillement du voyage et des paysages grandioses d’Afrique. Mais plus encore, une immersion dans la vie quotidienne et les rencontres. « Au-delà de la découverte du thiéboudiène nourrissant (spécialité sénégalaise) et des mangues fraîches délicieuses, l’essentiel de notre mission s’est vécu dans les échanges et les rencontres avec les gens, les frères, les collaborateurs et tous ceux qui font la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu au Sénégal. »

Le Sénégal porte la marque de la Teranga, ce mot wolof qui désigne l’hospitalité. « Elle se vit jusque dans les gestes simples. Par exemple, lorsqu’on envoie un plat à un voisin, il ne revient jamais vide : on y ajoute toujours un fruit, un peu de sucre, un signe d’amitié. »

L’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu y est présent depuis cinquante ans : certains frères sont infirmiers, médecins anesthésistes, engagés aussi bien au bloc opératoire qu’aux urgences. Mais leur priorité demeure la santé mentale et l’accompagnement des personnes dépendantes. À Thiès, Fatick et Nguékhokh, ils ouvrent chaque jour leurs portes, et chaque samedi, des campagnes de sensibilisation à la maladie psychiatrique sont organisées dans les villages éloignés. « Nous avons vu des médecins, frères et laïcs, partir à l’aube, jeûner de leur repas de midi pour consulter jusqu’au soir parfois plus de 150 malades. Leur dévouement nous a profondément émus, mais nous étions aussi attristés par la grande détresse que nous avons rencontrée. »

En effet, faute de connaissance dans le domaine de la psychiatrie, beaucoup de familles consultent d’abord des charlatans qui proposent, souvent très cher, des méthodes inefficaces, voire violentes. « Le besoin de soins véritables est immense en psychiatrie », constatent les deux frères.

« Les Sénégalais nous ont accueillis avec une générosité qui nous servira d’exemple : une hospitalité que nous espérons transmettre à notre tour. Notre seul regret : que ce séjour, si riche, soit passé trop vite ! »