Frère Aloïs, témoin fidèle de l’hospitalité

Frère Aloïs Michel est décédé ce 22 mars à Marseille, après 70 ans de vie religieuse au service des plus fragiles, au sein de l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu. Ancien provincial de France, il a exercé de nombreuses responsabilités, tout en demeurant profondément fidèle à sa vocation hospitalière. Nous vous proposons de redécouvrir ici une interview réalisée il y a quelques années pour Le Lien Hospitalier, dans laquelle il revenait avec simplicité sur son appel, son engagement et les moments marquants de sa mission.

Frère Aloïs, pouvez-vous nous raconter vos débuts chez les Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu ?

Originaire de Viriat, dans l’Ain, je suis le dernier d’une fratrie de dix enfants, au sein d’une famille très chrétienne. J’ai d’abord passé deux années à l’école Saint-Nicolas de Bourg-en-Bresse, avant de rejoindre le petit séminaire de Meximieux.

Ne me sentant pas appelé à devenir prêtre, j’ai cherché conseil auprès du vicaire de ma paroisse, car je souhaitais m’orienter vers une congrégation religieuse active. Ce prêtre connaissait bien les Frères de Saint Jean de Dieu : il avait lui-même souhaité les rejoindre, mais en avait été empêché par son évêque. Il m’a alors proposé de rencontrer le maître des scolastiques à Lyon.

Cette visite a été déterminante. Convaincu, je suis entré chez les Frères en 1955, à l’âge de 17 ans. J’ai effectué mon noviciat à Dinan, puis mon scolasticat à Lyon, où j’ai obtenu mon diplôme d’État d’infirmier.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours au sein de l’Ordre hospitalier ?

Après 27 mois de service militaire, dont deux années en Algérie en tant qu’infirmier, j’ai été nommé à Dinan, puis au Croisic à mon retour en 1962. À cette époque, je ressentais une certaine frustration de ne pas exercer pleinement mon métier d’infirmier.

Le provincial m’a alors envoyé à la clinique Oudinot, où j’ai exercé comme chef de service jusqu’en 1977. Par la suite, j’ai été nommé Supérieur dans plusieurs établissements : à Marseille, Nantes, Paris (Oudinot), à Saint-François de La Réunion, ainsi qu’à Pamplemousses, à l’île Maurice.

J’ai également été supérieur provincial de 2004 à 2007. Durant ces trois années, j’ai notamment œuvré à la réflexion de la mise en place d’une structure juridique permettant d’assurer la pérennité de notre mission hospitalière, tant dans les domaines sanitaires que sociaux. J’ai aussi participé à la création d’une communauté de Frères à Madagascar.

Parmi ces nombreuses missions, laquelle vous a le plus marqué ?

Sans hésitation, Forbin ! Même si cette mission a été exigeante et parfois difficile, j’y ai profondément apprécié ma mission à l’Accueil de nuit. C’est un lieu où l’on peut faire beaucoup de bien, où l’on se sent utile et où l’on peut aider de multiples façons.

Les personnes accueillies me disaient souvent : « Vous êtes exigeant, mais on le comprend. » Et surtout : « Ce que nous apprécions chez vous, c’est la politesse et le respect que vous nous portez. »

Lorsque le respect est présent, tout se passe bien. Notre vocation est belle : accueillir, écouter, réconforter, soulager, soigner, guérir. Je rends grâce à Dieu de m’avoir fait la faveur de m’avoir appelé à cette mission.